Album Review : "HUN" de The HU (2026, Better Noise Music)

Credits Photo : @ Hard Force

Depuis ses débuts, le groupe mongol The HU s’est imposé comme l’un des projets les plus singuliers de la scène metal internationale. Formé il y a 10 ans suite à sa rencontre au conservatoire d’Oulan-Bator, le quatuor n’a cessé depuis d’étonner, de surprendre et de fasciner avec son « Hunnu Rock », mélange de metal occidental, de chant diphonique et d’instruments traditionnels mongols.

Au départ, rien ne laissait présager que The HU s'inscrirait dans la durée… Entre leur chant diphonique inhabituel à nos oreilles et leur nom qui évoque un jeu de mots sur celui des légendes du rock anglais The Who, tout les prédestinait à une carrière relativement confidentielle en Europe. Pourtant, portés par le mélange insolite de folk et de rockabilly de leur hit “Yuve Yuve Yu” et par la qualité de leurs disques, “The Gereg” en 2020 et “Rumble Of Thunder” en 2023, le quatuor a su créer une identité immédiatement reconnaissable et connaît aujourd’hui une renommée inattendue. Avec leur 3ème album “HUN”, sorti le 24 juillet dernier, les Mongols poursuivent leur ascension et nous invitent une nouvelle fois à découvrir leur culture à travers une musique aussi puissante que dépaysante.

Credits Photo : @ Tetralens

Si The HU mange désormais à la table des plus grands, comme en témoigne l’invitation à ouvrir pour Iron Maiden sur leur dernière tournée nord-américaine, l’objectif du groupe n’a jamais évolué pour autant : faire découvrir la culture mongole au reste du monde sans jamais la dénaturer. En ce sens, ce nouvel effort marque un moment charnière pour le groupe en proposant des titres percutants capables de transcender la barrière de la langue sans pour autant sacrifier son identité culturelle profonde. En effet, avec “HUN”, le quatuor ne cède pratiquement pas à la facilité commerciale.

« Une œuvre enthousiasmante et originale… qui nous rappelle que la musique peut encore être une force primaire, incontrôlable et profondément humaine »

L’ouverture de ce nouveau disque, “Warrior Chant”, me rappelle immédiatement la sensation ressentie lorsque j’ai entendu pour la première fois l’album “Roots” de Sepultura il y a 30 ans. Non pas que les 2 musiques se ressemblent, mais elles suscitent ce même sentiment de découvrir quelque chose de véritablement inédit : la rencontre entre traditions ancestrales et metal moderne, une fusion qui semble instinctive plutôt que calculée, et cela fait du bien.


Ensuite, le single “Lost Soul” voit la participation du chanteur de NOTHING MORE et nous propose un contraste saisissant entre le rock contemporain et léché du groupe américain et la sonorité si singulière de The HU. Pourtant, malgré des parties vocales en anglais (ce qui est très inhabituel pour The HU), l'alchimie opère grâce à la prestation remarquable de Jonny Hawkins. Ce titre se révèle être un morceau imparable, où la voix puissante et aérienne de Hawkins se marie bien au grondement grave des chants diphoniques de Gala et Jaya, et où les instruments traditionnels du groupe délivrent des riffs taillés pour les mosh pits.


L'un des points forts de ce disque réside sans doute dans le mixage, qui met davantage en avant les instruments d'accompagnement. La guitare y est plus présente, et l'on découvre des rythmiques et des breaks de batterie vraiment excellents. Certaines structures de morceaux rappellent le « Black Album » de Metallica. Par exemple, “The Men” propose un riff lourd et entraînant, dans la veine de “Sad But True”, et “Greed” dégage lui aussi une atmosphère rappelant les Four Horsemen. Si “Shadow” possède un groove redoutable, “The Real You” évoque le thrash metal des années 1980 tout en s’imprégnant du folk mongol caractéristique de The HU. Cela se révèle être un véritable régal et une fusion parfaite entre metal occidental et musiques traditionnelles orientales.


Si l’influence de Metallica est évidente sur cet opus, ce qui fait toute la différence, c’est que les soli et les lignes mélodiques sont assurés par un morin khuur, qui martèle un son typique de la palette sonore du quatuor mongol. Quant à “Horsemen”, les instruments utilisés pour créer son groove galopant rappellent à la fois les chevaux traversant les steppes d’Asie et le cortège des guerriers évoqués par la ligne de basse galopante de Steve Harris dans “The Trooper”, que The HU a d’ailleurs repris il y a quelques temps.


Mais d’autres titres s’aventurent sur des terrains plus expérimentaux. Ainsi, “Echoes of My Father” est une ballade folk jouée avec des instruments acoustiques, est probablement l’exemple le plus frappant de l’évolution constante du quatuor et trouvera sa place au panthéon des ballades rock, tout en se démarquant des hymnes épiques qui l’ont inspiré. De même, “Universe” adopte un tempo plus lent aux accents progressifs, ce qui nécessite de la patience afin de déceler toute la beauté qui émane de ce voyage sonore de plus de 8 minutes. Le disque se conclut ensuite sur “Second Face”, un morceau qui se distingue par des techniques vocales plus insolites, incluant des cris de joie et des rires plutôt étonnants et amusants.

Credits Photo : @ Andreas Schieler

Musicalement, on retrouve dans ce nouveau disque ce qui fait la force de The HU depuis près de 10 ans, le groupe alternant entre riffs massifs, percussions tribales, mélodies traditionnelles et chants gutturaux avec une aisance impressionnante. Avec cet effort, The HU ne révolutionne pas sa formule, mais la perfectionne encore un peu plus, en nous proposant une nouvelle incursion dans son monde, nous contant une fois de plus des histoires pour la plupart inconnues et qui sont mises en musique par des musiciens soucieux de leurs traditions.

Sans être véritablement novateur, “HUN” est une œuvre enthousiasmante et originale, une rencontre fascinante entre folklore mongol et metal moderne, sur laquelle The HU rend hommage à ses ancêtres, nous effectue un rappel brutal sur le fait que la musique peut encore être une force primaire, incontrôlable, profondément humaine et nous démontre que l’authenticité reste parfois la plus belle des forces créatives. En créant des passerelles entre les cultures grâce à ses textes en mongol et ses instruments ancestraux, The HU ne cherche pas à conquérir le monde. Il impose le sien.


La Note du R.A.S. : 8,5/10


“HUN” de The HU, LP 11 titres sorti le 24 juillet 2026 chez Better Noise Music


Tracklist :

1. Warrior Chant (3:46)

2. Lost Soul [Feat. Jonny Hawkins of NOTHING MORE] (4:23)

3. The Men (3:42)

4. Echoes of My Father (6:08)

5. Shadow (3:21)

6. Horsemen (4:35)

7. Greed (5:01)

8. The Real You (4:01)

9. Grey Hun (3:50)

10. Universe (8:43)

11. Second Face (3:31)




Credits Photo : @ Rolling Stone Magazine

Credits Photo : @ Stephan Birlouez


Bibliographie : Metal Zone, Pitchfork & Rolling Stone Magazine



Manu, pour le R.A.S.

Commentaires

Articles les plus consultés