Sorti un... 19 Avril : "L.A. Woman" de The Doors (1971, Elektra Records)
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| Credits Photo : © Musiq XXL |
De façon parfois totalement inexplicable, certains artistes ou groupes à la carrière éphémère parviennent à marquer l’inconscient collectif et à laisser un héritage qui éclairera les générations bien plus que des légendes à la longévité exceptionnelle. The Doors, composé de l’organiste Ray Manzarek, du batteur John Densmore, du guitariste Robby Krieger, et du frontman chanteur Jim Morrison, est de ceux-ci.
En effet, malgré une carrière assez brève démarrée en 1967, le groupe fondé à Los Angeles en 1965 est, de tous les artistes de la côte ouest des Etats-Unis, le plus représentatif de la vague occidentale de contestation et de désespoir des années charnières 1968-1970. Et si les Doors doivent essentiellement leur réputation à leurs prestations scéniques et en particulier celles de Jim Morrison, dont les poses lascives et l’attitude anticonformiste lui confèreront une image de sex-symbol, ils ont également publié certains des disques les plus iconiques de l’histoire du rock n’ roll.
Le 19 avril 1971, paraissait “L.A. Woman”, l’ultime album du groupe américain avec Jim Morrison. Un 6ème opus dans la discographie des Doors, qui sera aussi le chant du cygne de son leader charismatique, qui décédera quelques mois plus tard à Paris. Après un succès sous forme de montagnes russes dû à 2 albums inauguraux merveilleux (“The Doors” en 1967 et “Strange Days” en 1968), suivis de 2 albums décevants (“Waiting For The Sun” en 1968 et “The Soft Parade” en 1969) et d’un magnifique retour en pleine lumière (“Morrison Hotel” en 1970) mais aussi du fait de la spirale autodestructrice dans laquelle est englué Jim Morrison, les Doors savent que cet album sera leur dernier, leur ultime occasion de marquer la postérité.
Au début de l’année 1970, Jim Morrison n’est pas au mieux de sa forme. Il est condamné pour outrage aux bonnes mœurs, est accablé par les décès récents de ses amis Jimi Hendrix et Janis Joplin, qu’il ne tardera pas à rejoindre au sein du « Club des 27 », et il sombre de plus en plus dans la boisson et les drogues. C’est la raison pour laquelle, sur “L.A. Woman”, la voix de Morrison détériorée par l’alcool donne une profondeur particulière aux compositions, enregistrées « live » et publiées (presque) sans la moindre retouche.
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| Credits Photo : © Classic Album Sundays |
Si cet album sonne comme une sorte de retour aux sources pour les Doors, qui renouent avec leur blues rock aux tonalités psychédéliques, il est aussi le disque le plus symptomatique de l’évolution du groupe durant ses 8 années d’existence. Ainsi, pour soutenir une ambiance poétique et psychédélique, les claviers - tantôt lyriques et mélodiques - sont au rendez-vous, la section rythmique du groupe est plus que jamais assurée et maîtrisée avec des riffs de basse tout bonnement géniaux, soutenus par une batterie effacée - mais très efficace - et en parfaite symbiose avec la basse. L’ajout d’une guitare rythmique permet également à Robby Krieger de poser plus de mélodies et de s'autoriser quelques écarts comme l’utilisation d’un bottleneck (sur “L.A. Woman” par exemple).
« La dernière mutation du Roi Lézard… Un disque blues qui sent le whisky et la drogue »
Mais comment ne pas évoquer la performance vocale de Jim Morrison, qui nous gratifie tout au long de l’album d’une voix tout simplement incroyable ! Une voix rauque - résultat de son amour immodéré de l’alcool et des drogues - que l’on croirait sortie de la bouche d’un vieux bluesman noir des années 30… Et malgré la dominante blues rock de l’album, Jim Morrison se permet évidemment d’ajouter la touche poétique qui le caractérise, comme sur la magnifique “Riders On The Storm” ou sur “L’America”, adaptation musicale de l’un de ses poèmes.
Hymne sincère à la Cité des Anges, le titre éponyme “L.A. Woman” est tout simplement un modèle de composition. On y retrouve un personnage énigmatique, le mystérieux Mr Mojo Risin’, cité à l’envi par le chanteur vers la fin du morceau, ce Mr Mojo Risin’ n’étant que l’anagramme coquin de Jim Morrison. Sur ce morceau, la voix de Jim se livre à un duel sans merci avec la slide guitare de Robbie Krieger, qui n'a jamais aussi bien joué. La section rythmique soutenue par John Densmore et le piano de Ray Manzarek y est impeccable. L’apport de 3 musiciens additionnels - parmi lesquels un véritable bassiste - leur permet de se concentrer sur leur art sans se soucier de soutenir la rythmique complexe qu'est celle des Doors.
Si “L.A. Woman” n’est pas exempt de petites faiblesses ou facilités, ce disque demeure, par ses qualités indéniables, ses compositions d’une maturité exceptionnelle et ses ambiances d'une autre époque, un incontournable dans la discographie des Doors et un must dans l’histoire du rock en général. Mais cela n’est rien comparé à l’influence que cet album aura sur toute sa génération, et bien au-delà… 2 ans après l’épopée lunaire de Neil Armstrong, “L.A. Woman” nous propose un petit pas pour The Doors, mais un grand pas pour la musique.
Tracklist :
1. The Changeling (4:19)
2. Love Her Madly (3:18)
3. Been Down So Long (4:39)
4. Cars Hiss By My Window (4:09)
5. L.A. Woman (7:51)
6. L’America (4:34)
7. Hyacinth House (3:10)
8. Crawling King Snake (4:58)
9. The WASP Texas Radio And The Big Beat (4:13)
10. Riders On The Storm (7:14)
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| Credits Photo : © Musiq XXL |
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| Credits Photo : © Joseph Brodsky |
Bibliographie : Radio France, Guts of Darkness & RTBF
Manu, pour le R.A.S.








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