Sorti un... 08 Juin : "Californication" des Red Hot Chili Peppers (1999, Warner Bros.)

Credits Photo : © Mixdown Magazine

Il est toujours difficile de chroniquer un groupe qui a marqué votre adolescence… Les Red Hot Chili Peppers m'accompagnent depuis la fin des années 1980 et nombre de leurs titres ont une place particulière au sein de ma discographie. Leur musique dégage une ambiance ensoleillée, unique et agréable, qui fait du bien dans les moments de déprime. Et si leurs morceaux postérieurs à l’album “One Hot Minute” ne sont certes pas les plus funky, les plus heavy, ni les plus radicaux, certains ont un charme indéniable et suscitent malgré tout une attirance inexplicable sur moi.

Acheté pour égayer mes révisions au bac, l’album “Californication” me rappelle de bons souvenirs et j'éprouve toujours un mélange de plaisir, d’émotion et de nostalgie lorsque je reviens à ce disque. Que de soirées passées à refaire le monde avec mes potes en fredonnant “Otherside”, de séances de sport acharnées avec mes coéquipiers en poussant le volume à fond sur “Around The World”, de séances de shopping avec “Scar Tissue” dans les enceintes des boutiques et, plus tard, un road trip à travers les USA en usant jusqu’à la garde la K7 de “Californication” sur l’autoradio de notre vieux pick up…

Credits Photo : © Louder Sound

Mais “Californication” c’est surtout la réinvention des Red Hot Chili Peppers. En 1999, le groupe décide de se séparer du guitariste Dave Navarro - ex-Jane’s Addiction - du fait de sa consommation excessive de drogue et acte le retour en grandes pompes de John Frusciante, que Navarro avait remplacé après la sortie de “Blood Sugar Sex Magik” du fait de… sa consommation excessive de drogue. Ça va, vous suivez ? En tout cas, à la fin des années 1990, John Frusciante entame son sevrage et vient à la rescousse de ses anciens compagnons de route, dont la notoriété est en berne. Et de façon totalement inattendue, la magie a opéré et le quatuor « historique » - Anthony Kiedis au chant, Flea à la basse, Chad Smith à la batterie et John Frusciante à la six-cordes - s’harmonisa et est parvenu à faire renaître la magie des beaux jours pour donner naissance à ce que certains considèrent comme leur véritable chef d’oeuvre, voire l'un des plus grands albums de retour de tous les temps.

Credits Photo : © Kevin Mazur

Même si le concept de “Californication” est un brin alambiqué, le principe d’une Californie dystopique, droguée par sa propre auto-représentation, rappelle étrangement la réalité américaine actuelle. Finalement, Kiedis est peut-être un visionnaire, qui avait raison avant tout le monde… A l’écoute de ce disque, une évidence s'impose rapidement : nous n’avons plus à faire aux Red Hot Chili Peppers funky de 1995, ni aux « fêtards » auxquels nous étions habitués. Nous avons désormais face à nous un véritable groupe de rock alternatif plus mélodique, dont la musique s’est imprégnée des sonorités quasi-tropicales de la côte ouest américaine. Toujours gorgées de funk, de rap et de rock alternatif, les chansons issues de “Californication” sont de la même trempe - voire supérieures pour certaines - à celles de l’album culte de 1991, “Blood Sugar Sex Magik”. En effet, là où les nouveaux morceaux perdent en partie la spontanéité et la force juvénile qui caractérisaient “Blood Sugar Sex Magik”, ils gagnent en profondeur et en maturité, la production étant l’une des grandes forces de ce “Californication”.

« Un disque dans la continuité de “One Hot Minute”, avec le petit grain de folie et de gaieté qui caractérisait “Mother's Milk” »

Ouverture de premier plan, “Around The World” et sa ligne de basse saturée - symbolisant la libération de toute la force brute accumulée pendant la longue période de dépendance à la drogue de John Frusciante - est probablement le morceau le plus funky du disque et une réaffirmation flamboyante de la puissance rythmique du quatuor. Ce titre rappelle un peu les anciennes chansons, même si le refrain illustre bien la mutation plus mélodique et « lumineuse » de la musique des Red Hot.


L’un des plus grands tours de force du groupe sur ce disque est incontestablement l’incroyable collection de pépites incontournables à l'image de “Around The World” - et de son sublime solo de basse -, de “Road Trippin” - hymne à la fuite au travers d'un voyage à la fois mélodieux, doux et envoûtant - ou encore (entre autres) de la grandiose “Scar Tissue”, qui est l'archétype de la chanson populaire des années 1990. D'une mélancolie certaine, cette dernière n’en est pas moins apaisante, portée par le riff de guitare étrange, léger mais efficace de John Frusciante et la voix douce et plaintive d’Anthony Kiedis, qui se mêle à la guitare.


Arrive ensuite la piste-titre “Californication” et son refrain calibré pour les radios, qui cache cependant un texte d'une noirceur rare dans lequel le groupe évoque une fois de plus Kurt Cobain, comme le faisait déjà “Tearjerker” (issue de “One Hot Minute”) en son temps. La maturité nouvellement acquise par Anthony Kiedis transparaît à travers les paroles profondes de “Californication”, où le chanteur et parolier souligne l'impact de la célébrité sur les individus et l'influence d'Hollywood et de ses stars sur nos vies. De toute évidence, l'époque des paroles superficielles et des mélodies accrocheuses comme l’étaient “Mellowship Slinky in B Major” et le sulfureux “Suck My Kiss” - sur “Blood Sugar Sex Magik” - est révolue. Place désormais aux chansons plus entraînantes, mieux structurées, mieux écrites et plus cohérentes, dont vous n’avez pas fini de fredonner l’air.


Même si le changement de son sur ce disque semble indiquer que les Red Hot veulent entrer dans une nouvelle phase créative de leur carrière, leur funk est toujours bien présent, ne vous y trompez pas. Ainsi, les lignes de basse de Flea sont toujours aussi rapides et funky, comme en témoignent des titres tels que l’accrocheur et entraînant “Otherside”, le magnifique “Get on Top” ou le nostalgique “I Like Dirt”. On retrouve l'esprit des premiers albums du groupe et, à ce titre, le retour de John Frusciante est une excellente nouvelle. Les riffs sont plus structurés et le groupe semble avoir retrouvé sa cohésion, Frusciante délivrant même une superbe introduction à la guitare acoustique sur “Road Trippin”, offrant une conclusion absolument incroyable à un album déjà exceptionnel.


Si ce “Californication” est dans la continuité du sombre “One Hot Minute”, avec toutefois l’ajout du petit grain de folie et de gaieté que l'on pouvait trouver sur “Mother's Milk”, la profondeur des textes, la qualité de la prestation vocale d’Anthony Kiedis - qui est peut-être la meilleure de sa carrière -, la production crue de Rick Rubin, la qualité des compositions et la maturité de l’album font de “Californication” un disque à part, une quasi-exception dans la discographie des Red Hot. Une sorte de mariage parfait entre insouciance retrouvée et maturité assumée.

Quintuple disque de platine aux États-Unis et numéro 1 dans de nombreux pays (dont la France), ce “Californication” à la pochette étrange et envoûtante renferme des perles de compositions qui ont donné aux Red Hot une profondeur et une maturité qu’on ne leur connaissait pas. Tantôt doux, tantôt intense, mais aussi parfois rageur et noise, doté d’harmonies douces et résonnantes, d’une basse percutante et d’une guitare incisive et entraînante, cet album a révélé un groupe qui avait mûri musicalement, tout en sachant rester divertissant et captivant. Mais à une époque où le rock alternatif s’apprêtait à être supplanté par le nu-métal, “Californication” est surtout le dernier vestige d’une décennie musicale qui était peu à peu condamnée à mourir avec le décès de Kurt Cobain. Si l’éclosion des Deftones amorçait une révolution sonore à l’aube du 21ème siècle, “Californication” peut être considéré comme l'ultime témoignage du rock des années 1990.

“Californication” des Red Hot Chili Peppers, LP 15 titres sorti le 08 juin 1999 chez Warner Bros.

Tracklist

1. Around The World (3:59)

2. Parallel Universe (4:29)

3. Scar Tissue (3:35)

4. Otherside (4:15)

5. Get on Top (3:18)

6. Californication (5:29)

7. Easily (3:51)

8. Porcelain (2:43)

9. Emit Remmus (4:00)

10. I Like Dirt (2:37)

11. This Velvet Glove (3:45)

12. Savior (4:52)

13. Purple Stain (4:13)

14. Right on Time (1:52)

15. Road Trippin’ (3:24)




Credits Photo : © Rock Sound

Credits Photo : © MUBI

Credits Photo : © Tim Mosenfelder

Bibliographie : Nightcall, Pitchfork & Kerrang


Manu, pour le R.A.S.

Commentaires

Articles les plus consultés