Album Review : "Fantasia" de SLIFT (2026, Sub Pop Records)
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| Credits Photo : © Jessica Calvo |
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| Credits Photo : © Titouan Massé |
Ces dernières années, SLIFT a souvent été qualifié de « sauveur du heavy rock psychédélique ». Ses influences musicales puisent leurs racines dans les piliers du genre, auxquels ils superposent des sonorités et des thèmes expérimentaux pour créer une musique véritablement unique et captivante. Avec ce trio, il a toujours été question de jams vertigineuses, de morceaux qui s’étirent, de riffs qui vrillent. Pourtant, le changement pourrait bien être pour maintenant du côté des Toulousains… En effet, si les fondations ne sont pas chamboulées, leur nouveau disque, “Fantasia”, vient tout remettre à plat : moins d’esbroufe, moins de digressions, tout du moins une autre manière de les faire exister, en abattant la carte du compactage. Au final, 8 titres, moins de 50 minutes au compteur là où “Ummon” en 2020 et “Ilion” en 2024 flirtaient avec les 80 minutes. Davantage de concision, mais une puissance nouvelle, née de la contrainte. Les Toulousains ont ainsi choisi de limiter… pour mieux régner.
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| Credits Photo : © Dylan Gautier |
Le morceau d’ouverture et titre éponyme de l’album, “Fantasia”, en est la parfaite illustration. Débutant par un larsen hurlant et une section rythmique doom tonitruante, avant que les cris post-punk désespérés de Jean Fossat ne propulsent le morceau au-delà du familier, il s’apparente à un appel à la mobilisation pour un monde en détresse, un appel à « rallumer la flamme » et à « se libérer d’un poids sur ses épaules ». Des claviers scintillants et chatoyants élèvent encore davantage le morceau, évoquant les passages plus planants de “Ilion”. Astucieusement, ce même thème de clavier se poursuit dans “Corrupted Sky”, un morceau qui met véritablement en valeur le talent musical du trio. Les rythmes percutants et urgents du batteur Canek Flores ajoutent un groove irrésistible à la voix de Jean, qui rappelle celle de Ian Mackaye. Ce morceau parvient à fusionner avec brio l'énergie brute de Fugazi et le groove de Black Sabbath, pour un résultat encore plus réussi qu'on ne pouvait l’imaginer. La colère et le désespoir qui se dégagent du chant s'accordent parfaitement avec les thèmes abordés : la peur, la xénophobie et la nécessité de trouver la force de défendre les plus vulnérables.
Contrairement à leur album précédent, “Fantasia” est un disque résolument humain, né de la volonté du groupe de s'exprimer enfin sur l'état du monde actuel. Ce concept est développé dans le titre phare “The Village”, qui raconte l'histoire d'un étranger arrivant dans un village côtier et rejeté par ses habitants qui le traitent de menteur et prétendent avoir empoisonné leur eau. Le morceau, d'une marche inquiétante et angoissante, culmine en un cri de détresse dans le refrain. Musique, paroles et thème s'y mêlent pour créer 5 minutes d'une perfection rare dans le genre rock expérimental.
Le guitariste de Converge, Kurt Ballou, a mixé l’album avec un talent phénoménal, parvenant à un équilibre parfait pour un son à la fois ample et organique. Les claviers ne prennent jamais le dessus, la batterie, la basse et les guitares s'intègrent harmonieusement au mix sans qu'aucun élément ne soit noyé, et la voix envoûtante de Jean Fossat sublime l'ensemble, tantôt planant au-dessus des autres, tantôt se faisant plus discrète pour laisser le reste du groupe déployer toute sa magie.
Avec “A Storm Of Wings”, le groupe renoue avec un groove stoner rock plus traditionnel, porté par un frontman complètement déjanté à la David Byrne. Quant au doom mélancolique de “Secret Mirror”, le morceau de clôture, il saura sans aucun doute captiver les fans inconditionnels d’Iommi. Mais c'est dans les moments les plus inattendus de “Fantasia” que réside la véritable magie… Prenons l'exemple de “Orbis Tertius”, un titre inspiré de la nouvelle éponyme de l'écrivain postmoderne Jorge Luis Borges, qui raconte l'histoire d'un monde entièrement fictif se mêlant à la nôtre.
Musicalement progressif et complexe, l'album reste si profondément ancré dans le groove puissant de Flores et du bassiste Rémi Fossat qu'il est à la fois merveilleusement familier et complètement déjanté, entraînant et anguleux, fou et pourtant parfaitement cohérent. C'est là toute la beauté de cet album. C'est comme découvrir une musique venue de la Quatrième Dimension…
“Fantasia” n’est pas seulement un album incroyable de rock psychédélique, c'est un incroyable album de rock tout court. SLIFT continue de repousser les limites et, ce faisant, crée une musique heavy parmi les plus excitantes du moment. En 2026, SLIFT cogne sec, file droit, sans perdre sa capacité à faire décoller un morceau en quelques secondes. Pourtant, dorénavant, finie la pure échappée cosmique : “Fantasia” s’ancre dans une sorte de dystopie floue, inspirée de Borges, où une ville se referme sur elle-même, gangrenée par la peur et le rejet. Aux prises avec un pouvoir orwellien imaginaire, le trio toulousain délivre des bangers heavy pour s’arracher à la pesanteur du monde et prouve qu’en plus d’être l’un des meilleurs groupes de scène, il sait enchaîner les coups de maître immédiats et vertigineux avec ce nouvel effort, qui s’annonce déjà comme l’un des meilleurs albums de l’année 2026.
La Note du R.A.S. : 9,5/10
Tracklist :
1. Fantasia (8:57)
2. Corrupted Sky (6:13)
3. The Village (5:24)
4. A Storm Of Wings (6:25)
5. Orbis Tertius (6:17)
6. Waiting Man (4:53)
7. The Day Of Execution (5:12)
8. Secret Mirror (5:34)
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| Credits Photo : © Dylan Gautier |
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| Credits Photo : © Dylan Gautier |









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