Live Report : Festival du Cabaret Vert 2022 / J4 - Samedi 20 août 2022

Credits Photo : © Darkroom

4ème et avant-dernière levée de ce Cabaret Vert 2022, ce samedi était plein de promesses sur le papier. Malgré la fatigue qui commence à se faire sentir et les muscles un peu endoloris de la séance de cardio effectuée la veille sous la pluie en compagnie de Frank Carter & Clutch, la motivation est plus que jamais au rendez-vous.

Dès notre arrivée sur site, nous attaquons pied au plancher par du lourd, du puissant, du trapu : les frangins Jim et Loz Beck, plus connus sous le nom de Cassels. Qu’ils ont grandi les adolescents boutonneux et bruts que nous avions rencontrés à la Cartonnerie de Reims à la sortie de leur 1er album il y a 5 ans… Les jeunes britanniques ont pris en maturité, en épaisseur sonore et en assurance. A tel point qu’ils se permettront même une petite vanne sur l’attraction principale de cette journée, Liam Gallagher : « Do you think Liam will be on stage tonight ? » interroge malicieusement Jim. Et Loz de se demander : « Where are you Liam ? Au Revoir, Liam… ».

Cassels - Credits Photo : © Rock Alternative Show

Venus présenter au nombreux public de Razorback les morceaux de leur nouvel album “A Gut Feeling”, Jim le chanteur/guitariste & Loz le batteur sonnent différemment désormais. Ils dispensent un son massif et charpenté porté par une collection de riffs entêtants, parfaitement soutenus à la batterie et sublimés par les textes géniaux de Jim. Du sale loin d’être dégueu. Il est à noter la disposition peu conventionnelle des instruments, face-à-face, à 90° par rapport au public. Est-ce par timidité ou tout simplement pour rester sans cesse connectés l’un à l’autre ? Sans doute un peu des deux. Quoi qu’il en soit, avec ce dialogue perpétuel entre guitare & batterie, Cassels a marqué les esprits.

Nous effectuons ensuite un passage éphémère sur les Illuminations, histoire de découvrir le rock psychédélique aux sonorités cubaines et caribéennes des nancéens de ¿Who’s The Cuban?, qui avait piqué notre curiosité à l’annonce du line up. A l’issue de cette salve de titres très engageants, il s’avère que de cette insolite fusion découle un alliage tropicalisé, électrique et dansant très prometteur.

¿Who’s The Cuban? - Credits Photo : © Darkroom

¿Who’s The Cuban? - Credits Photo : © Darkroom
Mais nous coulissons néanmoins assez rapidement sur Zanzibar pour assister à l’un des événements de cette édition 2022. Cette fois, ça y est… Il faut être un fan de la première heure pour réaliser à quel point ce moment est unique. Le Cabaret Vert avait été parmi les 1ers à programmer les dublinois de Fontaines D.C. Le festival les a vu éclore, les a lancés sur Razorback il y a 4 ans et les voici maintenant sur la grande scène avec leur post-punk littéraire mais pas intello…

Fontaines D.C. - Credits Photo : © Rock Alternative Show


Attaquant par des morceaux de son 3ème effort “Skinty Fia”, la bande du chanteur et parolier Grian Chatten a indéniablement gagné en maturité tout en ne perdant pas une miette de son énergie et de sa motivation. Proposant une setlist composée de la crème de son répertoire, le quintet régale dans l’usage du crescendo. On pourra simplement regretter un léger manque de communication entre le groupe et son public entraînant un petit retard à l’allumage de ce dernier, les titres les plus rageurs déclenchant une montée en puissance dans la fosse. Pour cela, vous pouvez compter sur Grian, qui ne cesse d’haranguer la foule en se hissant au bord de la scène, en frappant avec virulence son pied de micro en fin de titre ou en tournant sur lui-même tel un lion en cage prêt à bondir. On se souviendra néanmoins que ce samedi, le set fut d'une rigueur militaire en parfaite résonance avec le post-punk brutal mais si juste de Fontaines D.C.


Fontaines D.C. - Credits Photo : © Darkroom

Un passage par Razorback pour profiter du grunge intense et incandescent de Mad Foxes et nous gagnons rapidement les Illuminations pour le set d’un groupe que nous aurons l’occasion de voir 2 fois en 1 semaine (car programmé également vendredi prochain à Rock en Seine) : DIIV. Originaire de Brooklyn, le groupe d’indie rock nous a proposé le temps d’un set abouti et très réjouissant la BO de sa propre résurrection sur fond de catharsis métallique, le tout soutenu par de robustes guitares et une voix tendue qui manque de se briser à chaque instant.

Mad Foxes - Credits Photo : © Darkroom

A peine le temps d’un hug avec Maya l'abeille qu’arrive le moment attendu par de nombreux festivaliers peu rompus à ce genre de joutes estivales : le concert de Madness. Pour beaucoup, Madness se résume à 2-3 tubes entendus à de multiples reprises au gré des films et tournées « Stars 80 ». Mais en réalité, le combo londonien à géométrie variable est bien plus… C’est un véritable antidépresseur, mais surtout une machine à faire danser le public depuis plus de 40 ans. Il nous en a encore brillamment apporté la preuve ce samedi car nous terminons ce set sourire aux lèvres et l’esprit vagabond.

Madness - Credits Photo : © Florent Mayolet pour Darkroom

Madness - Credits Photo : © Florent Mayolet pour Darkroom

Si certain(e)s profitent de la pause sur Zanzibar pour partir à la découverte du rap underground californien de Paris Texas sur Illuminations ou de la cold wave new orderienne des biélorusses de Molchat Doma sur Razorback, nous faisons le choix de nous positionner au mieux pour profiter du spectacle qui va suivre et que tout le monde - ou presque - attend : la prestation de la légende anglaise, Liam Gallagher.

Molchat Doma - Credits Photo : © Darkroom

Alors, on a tou(te)s en tête les mésaventures du festival Beauregard où un Liam complètement torché avait saboté un concert que des milliers de spectateurs attendaient depuis plus de 2 ans, s’abritant derrière le faux prétexte d’un ingé son incompétent (selon lui) pour tenter d’expliquer cette conduite impardonnable. Et il semblerait que cette énième frasque de l’ancienne gloire d’Oasis soit derrière nous, puisqu’il s’est présenté à un public enthousiaste à l’idée de revivre son adolescence. Le principal intéressé s’est d’ailleurs lui-même amusé de cette mésaventure puisqu’après 4 chansons d’excellente facture, parmi lesquelles les cultissimes “Morning Glory” et “Rock N’ Roll Star”, il nous indiquait avec satisfaction avoir « passé le cap des 20 minutes », ce qui occasionnera des sueurs froides à l’assistance, le chanteur lui adressant un « This is the last song. Thank you very much » pas franchement drôle de l’autre côté de la scène. Qu’il est taquin ce Liam !


Liam Gallagher - Credits Photo : © Florent Mayolet pour Darkroom


Alternant titres très convaincants de son répertoire solo - tels que “Wall of Glass”, “C’Mon You Know” ou “Diamond in The Dark” - et hymnes intemporels d’Oasis, le sale gosse, cintré comme toujours dans un K-Way (pour « rester beau mec » disait-il dans une interview récente) particulièrement moche, nous a prouvé que lorsqu’il n’est pas bourré, il a encore dans l’œil cette petite lueur qui a fait de lui le plus dingue des frontmen d’Europe et - surtout - la voix d’une génération. Mais si ce soir était un bon jour, il se montrera tout de même odieux, tant avec les photographes, chassés précipitamment de la crash barrière, qu’avec les techniciens. Comme quoi, on peut être un sombre connard et en même temps, l’une des dernières icônes du rock du 20ème siècle…


Liam Gallagher - Credits Photo : © Florent Mayolet pour Darkroom


Après le dieu de la brit pop, certain(e)s choisiront peut-être de marcher sur l’eau pour rallier le Greenfloor où les attendent l’électro chaotique de Lena Willikens et la jungle de la londonienne Sherelle, tandis que d’autres iront s’enjailler au son de l’un des patrons de l’électro, Vitalic, dont le goût pour les refrains entêtants, les voix distordues, les rythmes lourds et l’obsession passionnelle pour la dance music n’auront jamais été aussi poussées que depuis la pandémie. Et si jamais vous cherchez un moment de détente, ne comptez pas sur le live de Wargasm, qui achèvera les survivants sur Razorback dans un déferlement nu-metal épileptique, sorte de guerre du son perpétuelle. Quant à nous, nous choisissons de regagner nos pénates. Nul doute que nous nous endormirons avec des rêves de Rock N’ Roll Star plein la tête… A demain !

Credits Photo : © Darkroom

Vitalic - Credits Photo : © Darkroom

Credits Photo : © Darkroom


L'édition 2022 du Cabaret Vert se conclut ce dimanche au Square Bayard de Charleville-Mézières avec une programmation alliant valeurs sûres de la chanson française (Véronique Sanson, Gaëtan Roussel, Eddy de Pretto), représentants de la nouvelle scène rock émergente (Parlor Snakes, Johnnie Carwash, Pales) et sonorités exotiques (Femi Kuti, Tank & The Bangas). A suivre...


Manu du R.A.S.

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