Déjà la 3ème journée pour cette édition 2022 du Cabaret Vert… Ce matin, pas besoin de se faire prier pour sortir du lit vu le programme gargantuesque qui nous attend. A pied d’oeuvre dès l’ouverture, nous démarrons la journée sur les chapeaux de roue. Entre la tête de mouette (rieuse) qui trône sur l’enceinte à gauche du batteur et la licorne à côté de nous reprenant frénétiquement les paroles des chansons, c’est ambiance « 30 millions d’amis » avec Chester Remington sur Illuminations. 30 millions d'amis, soit à peu près le nombre de fans ramenés par les Rémois. En effet, cet après-midi, il y avait un petit parfum de Cité des Sacres au Square Bayard.
Changeant de voix et de registre comme certain(e)s changent de pompes, Odilon Horman et ses acolytes sont déjà des familiers pour quiconque évolue dans le microcosme musical local. Pourtant, à chaque fois, de façon inexplicable, la magie opère comme s’il s’agissait de la 1ère. C’est peut-être ça la marque des grands… Déroulant les titres hyper rythmés et pêchus de son 2nd EP “Doldrums”, Chester Remington régale les Illuminations avec son indie rock hypnotique et savamment distillé. Avec son assise épileptique très riche faite de rythmes garage, d’envolées vocales et de guitares 60’s, le quintet nous file le smile et fait danser le Cabaret Vert. En un mot, la fusée sonore Chester Remington c’est du gros rock en ciré jaune avec un chanteur qui imite la mouette à la perfection. Ambiance bretonne pour rock bondissant. Idéal pour chasser les idées noires de vos nuits blanches…
Deux scènes, deux ambiances avec en parallèle les carolos de Somah, qui ne sont visiblement pas là pour épiler des kiwis… « Est-ce que vous êtes prêts à faire la guerre ? Parce que nous, on est grave chauds ! ». Ça tombe bien, Razorback aussi est prêt à en découdre… Les locaux de l’étapedélivrent un son puissant à la croisée du Thrash et du Death Metal, même s’il semble évident que leurs influences vont bien au-delà. C’est brutal, parfois inaudible, mais distillé avec une générosité et une ferveur qui forcent le respect.
Zanzibar étant intégralement dédiée aux musiques urbaines aujourd’hui, nous poursuivons notre va-et-vient incessant entre Razorback et Illuminations et retrouvons sur cette dernière de vieilles connaissances : les londoniens de Fat White Family. Si les sales gosses menés par Lias Saoudi sont l’archétype du groupe que l’on déteste aimer (ou vice versa), nous leur vouerons cependant une reconnaissance éternelle pour avoir remplacé au pied levé Wolf Alice et - surtout - pour nous avoir permis d’échapper à un énième set de Feu Chatterton, habituel bouche-trou du Cabaret Vert.
Si notre dernière rencontre avec Lias Saoudi et ses compères ne s’était guère finie sous les meilleures auspices, s’achevant même par un échange d’amabilités - et de mandales - sur scène, il nous faut reconnaître que cette fois, le set fut aussi réussi que la tenue du chanteur était de mauvais goût, ce dernier débarquant sur scène gainé dans un moule-boules et une sorte de filet de pêche qui ne cachaient rien de son anatomie. Délivrant avec conviction un punk rock sans fioritures, Fat White Family a électrisé les Illuminations. Même Frank Carter himself y ira de son passage à la crash barrière pour immortaliser l’instant.
C’est à ce moment précis que la pluie, annoncée depuis 48 heures, décide de pointer le bout de son museau, arrosant copieusement la plaine de la Macérienne sans discontinuer. Ce qui nous permettra de confirmer que la parka, c’est certainement très pratique, mais ça donne vraiment des têtes de cons. « La casquette + la capuche, ça fait Cypress Hill » tente de me réconforter mon compagnon d’infortune… Ouais, sauf que mon compte en banque et mon casier judiciaire sont quand même vachement moins garnis que ceux de B-Real et sa bande…
Retour sur Razorback pour l’une des attractions principales de cette édition 2022 : Frankie & The Witch Fingers. A grands coups de tubes lumineux fleurant bon la Californie des 60’s, le groupe n’a pas tardé à se frayer un chemin au travers de la jungle néo-psychédélique moderne. Si - de source sûre - nous les savions en forme la veille au Supersonic, ils ont largement confirmé cette impression fulgurante avec un son garage-psyché mêlant pop et psyché lo-fi. Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises car ce vendredi au Cabaret Vert, un Frankie peut en cacher un autre…
S’il est difficile pour Frank Carter de passer inaperçu, il ne s’en donnera même pas la peine en investissant les Illuminations, enchaînant les séances de stage diving et incitant l’assistance à créer le plus grand circle pit jamais vu au Cabaret Vert. Durant 1h d’un set aussi intense que déjanté, le rouquin tatoué et ses venimeux Rattlesnakes - « Serpents à sonnette » en français dans le texte - régaleront un public tout acquis à leur cause, et qui en réclame davantage malgré la pluie qui s’intensifie. Porté par la fureur punk viscérale des titres de son dernier album “Sticky”, Frank Carter nous a offert un live comme il sait les faire : bruyant, brut et sauvage ! J’en ai encore des frissons rien qu’à vous l’écrire…
Tandis que le roi de la punchline et de l’autodérision Orelsan fait passer un moment inoubliable à toute une génération sur Zanzibar, les britanniques de Yard Act viennent présenter leur 1er effort “The Overload” à un Razorback transi de froid. Avec sa fusion post-punk révolutionnaire mélangeant le goût de James Smith pour l’écriture aux démos proto-punk de Ryan Needham, le duo - devenu quatuor - a su brillamment réchauffer les corps - et les cœurs - d’un public conquis, qui en frétille encore de plaisir. Preuve que les colocations mènent décidément à tout…
Pour conclure cette soirée impeccable, c’est l’Amérique qui s’invite sur les Illuminations. Se jouant des clichés sur les vestes en cuir, les grosses cylindrées et les longues barbes, Clutch nous insuffle une belle dose de rock n’ roll viril, quelque part entre heavy blues et hard rock. Sur scène, une batterie avec des cymbales à te déboiter l’épaule à chaque frappe, des guitares épaisses et un chanteur charismatique qui ne tient pas en place. Un profil et une attitude scénique qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un certain Joseph Talbot, éructeur en chef du groupe IDLES… Ce qui frappe au-delà du son massif qui se dégage des enceintes, c’est la nature technique, simple, dépouillée, sans artifice… en un mot, honnête, de la musique produite par le quatuor originaire du Maryland. Une performance mémorable qui nous aura permis de découvrir quelques morceaux du nouvel album à paraître en septembre et qui en dit long sur la force de frappe de la bande à Neil Fallon en live. Clutch c’est la - grande - classe américaine !
Une fois l’excellent set de Meatbodies achevé et les derniers fêtards évacués d’un Greenfloor ayant fait le plein avec Nathan Zahef et Sama’ Abdulhadi, quelque chose nous dit que le staff du Cabaret Vert nous réserve encore quelques surprises d’ici la fin du week-end. Et quand on sait que Cassels, DIIV, Fontaines D.C. et Liam Gallagher sont annoncés ce samedi à Charleville-Mézières, tous les espoirs sont permis. Et je remets le son… Rock N’ Roll, bordel !
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