Sorti un... 27 Août : "Ten" de Pearl Jam (1991, Epic Records)

Credits Photo : @ Lance Mercer

A la mort par overdose du chanteur Andrew Wood en mars 1990, provoquant de fait la séparation du groupe éphémère Mother Love Bone, rien ne prédisposait les membres restants à devenir des superstars, comme le furent Jeff Ament et Stone Gossard un an et demi plus tard.

Témoins privilégiés de l’avènement du grunge à Seattle, les bassiste et guitariste américains furent dévastés par le décès d’Andrew Wood et mirent plusieurs mois à rejouer ensemble puis à solliciter le guitariste Mike McCready afin d’enregistrer quelques maquettes instrumentales, connues sous le nom de « Stone Gossard Demos ». Ces bandes furent diffusées dans l'espoir de trouver un chanteur et un batteur pour compléter la formation. C’est alors qu’un jeune chanteur originaire de San Diego, Eddie Vedder, se procura une copie de la maquette et commença à écrire des paroles sur ces morceaux instrumentaux. Des titres initialement nommés “Dollar Short”, “Agytian Crave” et “E Ballad” et qui furent retravaillés pour devenir “Alive”, “Once” et “Black”. Subjugués par la voix et les textes du Californien, Gossard et Ament lui envoyèrent un billet d’avion afin de passer une audition le 13 octobre 1990 aux côtés du groupe, qui comptait désormais le batteur Dave Krusen dans ses rangs. Naissait ainsi l’un des groupes les plus importants du mouvement grunge : Pearl Jam, appelé précédemment « Mookie Blaylock » en hommage au basketteur star des New Jersey Nets.

Credits Photo : @ Paul Bergen

Publié le 27 août 1991 chez Epic Records, le 1er album du groupe, intitulé “Ten”, compte parmi les débuts discographiques les plus marquants et les plus puissants de l'histoire du rock, plaçant Pearl Jam à l'avant-garde d'un nouveau mouvement musical porté par l'invasion du grunge.

« Un disque salué pour sa musicalité, son originalité et la manière dont il a su saisir l'esprit de son époque »

Sur le plan musical, ce disque est une véritable leçon d'équilibre entre l'âpreté du rock alternatif et l’accessibilité au grand public. Des titres comme “Alive”, “Even Flow” et “Jeremy” illustrent la capacité du groupe à composer des morceaux à la fois fédérateurs et introspectifs. Le jeu de guitare de Mike McCready, influencé par le rock classique et le blues, apporte une touche de sophistication, tandis que les lignes de basse de Jeff Ament offrent une assise solide qui ancre le son du groupe. La batterie de Dave Krusen, bien que souvent sobre, complète parfaitement l'atmosphère générale de l'album.

Credits Photo : @ Mark Baker

Les paroles écrites par Eddie Vedder sont essentiellement sombres et abordent des thèmes tels que la dépression, la solitude et le suicide. Par exemple, la chanson “Jeremy” s'inspire en partie d'un fait divers réel : un lycéen qui s’était donné la mort par balle devant ses camarades de classe. Ce morceau, à la fois obsédant et accrocheur, se distingue par une mélodie vocale narrative peu conventionnelle durant les couplets et un refrain à la mélodie envolée.


La brillante “Alive” débute par une introduction majestueuse, lente et méthodique signée Stone Gossard, avant qu’Eddie Vedder ne prenne le lead grâce à sa voix et sa mélodie singulières. Un riff de guitare simple mais plaisant, entendu lors du pont calme, laisse place à une coda en crescendo portée par Mike McCready. Bien que les paroles évoquent le choc d'un fils découvrant que son père biologique est décédé, de nombreux fans ont fini par percevoir “Alive” comme un hymne inspirant et porteur d'espoir.


Mais l’enregistrement de “Ten” ne fut pas des plus aisé, le producteur Rick Parashar devant faire des arbitrages entre les influences variées du quintet et la pression de se conformer aux attentes de la scène grunge émergente. Selon les membres du groupe, “Even Flow” fut une chanson extrêmement difficile à enregistrer, nécessitant entre 75 et 100 prises pour obtenir un résultat satisfaisant. Le morceau qui en a résulté est toutefois un classique, porté par le chant de Vedder, avec un refrain très accrocheur et un riff funk signé Stone Gossard.


L'album comprend également quelques morceaux calmes, surréalistes et mélancoliques qui offrent un excellent contrepoint aux titres plus lourds du disque. “Black” est une chanson mélancolique aux paroles énigmatiques, semblant évoquer une forme de perte. Elle comporte une empreinte vocale harmonique caractéristique qui, associée à la guitare solo, crée une accroche sonore mémorable en arrière-plan. “Oceans”, titre acoustique et mélodique, s'apparente presque quant à lui à une chanson d'amour. Toutefois, quelques passages singuliers et effets percussifs en font une ballade unique en son genre. Titre de clôture, “Release” est un morceau à l'atmosphère plus planante et envoûtante, qui conclut parfaitement ce disque fantastique.


Malgré tous les éloges, “Ten” ne connut pas un succès immédiat, ses ventes étant lentes à sa sortie. Il fallut attendre la fin de l'année 1992 pour qu'il s'impose enfin auprès du grand public, atteignant la 2ème place du Billboard 100. Ironie du sort, Pearl Jam fut alors accusé par certains de « surfer sur la vague grunge », dans le sillage du succès fulgurant de Nirvana. Pourtant, Nirvana n'avait sorti son album révélateur, “Nevermind”, qu'en septembre 1991, soit un mois après les débuts de Pearl Jam. Ne comptez pas sur nous pour relancer le sempiternel débat « Nirvana ou Pearl Jam ? » car selon moi, on peut être les 2 comme on peut être fromage et dessert, ou Beatles et Stones.

L’influence durable de ce disque alliant une intensité émotionnelle brute à une musicalité raffinée est manifeste chez les innombrables artistes, qui le citent comme source d'inspiration, et justifie pleinement le succès que Pearl Jam rencontre encore aujourd’hui en tant qu’ultime vecteur de la vague grunge originelle. En fin de compte, “Ten” est bien plus qu'un simple album. C’est une affirmation d'intégrité artistique et un témoignage de la capacité de la musique à créer un lien profond avec les auditeurs. La profondeur émotionnelle et la puissance des interprétations font que ce 1er album de Pearl Jam demeure une référence incontournable de l'histoire du rock, salué pour sa musicalité, son originalité et la manière dont il a su saisir l'esprit de son époque.


“Ten” de Pearl Jam, LP 11 titres sorti le 27 août 1991 chez Epic Records

Tracklist

1. Once (3:51)

2. Even Flow (4:52)

3. Alive (5:40)

4. Why Go (3:19)

5. Black (5:42)

6. Jeremy (5:18)

7. Oceans (2:41)

8. Porch (3:30)

9. Garden (4:58)

10. Deep (4:18)

11. Release (9:06)




Credits Photo : @ Lance Mercer

Credits Photo : @ Lance Mercer

Credits Photo : @ Cuffaro Photo


Bibliographie : Rocksound, Rolling Stone Magazine & Pitchfork



Manu, pour le R.A.S.



PS : Cet article est dédié à la mémoire de mon Ami Thierry, grand fan de Pearl Jam et membre du groupe que nous avons créé, la Pearl Jamily France. Tu nous manques, mon pote !

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