Sorti un... 05 Août : "Revolver" des Beatles (1966, Odeon / Parlophone Records / Capitol Records)
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| Credits Photo : @ Rolling Stone |
Comme pour tout groupe, la carrière discographique des Beatles a souvent été infléchie, voire propulsée vers l'avant, aussi bien par des facteurs externes que par leurs propres élans créatifs. L'esprit de compétition du groupe les a parfois poussés à vouloir égaler ou surpasser Bob Dylan ou Brian Wilson des Beach Boys. La consommation de drogues a profondément marqué l'approche musicale de John Lennon et de George Harrison, et la mort de leur ancien manager Brian Epstein a ouvert une période marquée par des décisions commerciales et personnelles malheureuses.
Toutefois, l'élément le plus déterminant de cette évolution fut une série de changements qui permit au groupe de se muer en une formation concentrée sur le travail en studio. L'enchaînement d'événements à l'origine de cette nouvelle approche avait débuté avant “Rubber Soul” en 1965, mais les résultats ne se concrétisèrent pleinement qu'avec un disque publié le 05 août 1966, “Revolver”. Un album de 35 minutes dont la création nécessita plus de 300 heures de studio, soit environ 3 fois plus que pour “Rubber Soul”, une durée astronomique pour un disque à l’époque.
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| Credits Photo : @ Mark & Colleen Hayward |
Avec le départ de leur producteur de longue date George Martin du label EMI et la fondation de sa propre société de production, les Beatles s’installèrent pratiquement à demeure aux studios Abbey Road, ce qui leur permit de réfléchir à leur œuvre et de la retravailler, d'explorer de nouveaux instruments et d'affiner leur musique. Cette nouvelle approche a non seulement transformé radicalement leur environnement de travail, mais a également conduit les Beatles à privilégier la flexibilité offerte par les technologies émergentes. Ils ont également mis à profit leur « capital commercial » - leur force de vente, si vous préférez - pour abandonner les tournées épuisantes et ainsi, commencé à façonner des œuvres denses et expérimentales.
Mais “Revolver” fut aussi le 1er disque à rompre avec l'image de bloc indissociable des Beatles, puisque durant une pause inédite de 3 mois avant cet effort, chaque membre avait enfin suivi sa propre voie et exploré ses talents respectifs. Cela ressurgit sur ce disque, puisque les Fab Four se répartissent le micro à tour de rôle. Étonnamment, le premier fut George Harrison, qui ouvre l'album avec la très politique “Taxman”, portées par les paroles incisives et les riffs de guitare agressifs d’Harrison, avant de proposer plus loin des réflexions philosophiques sur “I Want To Tell You” et “Love You To”, morceau aux sonorités indiennes.
Durant une grande partie de cette période, voire de sa carrière, John Lennon se concentrait avant tout sur lui-même et se montrait méfiant, voire dédaigneux, à l'égard des tableaux musicaux écrits par Paul McCartney. Fruits de sa rencontre avec Yoko Ono, ses premières explorations spirituelles amorcées sur “Rubber Soul” se poursuivent sur ce disque. L’ancien banlieusard passait à cette époque une grande partie de son temps chez lui, s'adonnant avec enthousiasme aux vertus exploratoires du LSD, ce qui l’amènera à signer 5 titres sur “Revolver” traitant tous, sans exception, de la drogue, de l'esprit créatif ou de la méfiance envers le monde extérieur, voire des 3 à la fois.
« Avec ce disque, les Beatles étaient devenus les incarnations d’un mouvement culturel vecteur de transformation »
Chacun de ces morceaux est remarquable, et leur ensemble dessine les contours de l'art-pop naissant de Lennon. Ce style, enrichi par les arrangements inventifs et les effets ludiques de George Martin, atteindra son apogée l'année suivante avec les triomphes que furent “I Am The Walrus”, “Strawberry Fields Forever” et “A Day in The Life”. L'atmosphère éthérée de “I’m Only Sleeping” et l'énergie entraînante de “She Said She Said” et “And Your Bird Can Sing” sont moins démonstratives que les chansons qu'il écrira par la suite, ce qui explique sans doute pourquoi elles restent étrangement sous-estimées. Pourtant, elles comptent parmi les chansons pop les plus gratifiantes de John Lennon.
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| Credits Photo : @ Rock N' Reviews |
“Tomorrow Never Knows” est une tout autre affaire. Alors que “Doctor Robert” ou “She Said She Said” abordent la culture de la drogue sur un ton ludique ou intime, “Tomorrow Never Knows” constitue une tentative audacieuse de recréer l'expérience immersive du LSD, intégrant même des paroles empruntées aux écrits de Timothy Leary inspirés du “Livre des Morts Tibétains”. Le morceau se révèle vivant et enivrant plutôt que pompeux ou moralisateur grâce au travail d’orfèvre de George Martin. Même cette approche psychédélique rudimentaire aurait pu s'avérer lourde et indigeste. Pourtant, 60 ans plus tard, l'œuvre semble moins marquée par son époque que la majeure partie du rock expérimental ou « art-rock », et même que la plupart des autres disques des Beatles.
Pourtant, il convient de relever que “Revolver” est probablement l’album sur lequel la maturité musicale de Paul McCartney est la plus saisissante, comme le fut “Rubber Soul” pour John Lennon. Tandis que George Harrison s'initiait au sitar et que Lennon traversait une période de consommation intensive de psychotropes, McCartney affinait son talent de compositeur en explorant la musique classique, en cultivant le souci du détail et de la subtilité dans ses paroles, et en s'imprégnant des arrangements orchestraux de Brian Wilson. L’optimisme et le goût de McCartney pour la musique populaire ont donné naissance aux morceaux les plus extravertis de “Revolver”. Ainsi, “Good Day Sunshine” - et ses cuivres oscillant délicieusement entre mièvrerie et chaleur communicative - et “Got To Get You Into My Life”, ainsi que l'incontournable, inventive et charmante “Yellow Submarine” nous régalent.
La sobriété des paroles de McCartney dans ses ballades a parfois été prise à tort pour de la simplicité, alors qu'il livre sur ce disque 3 de ses plus belles réussites : “For No One”, d'autant plus touchante qu'elle est épurée et insaisissable, “Here, There And Everywhere”, modèle de sentimentalité, et “Eleanor Rigby”, qui, à sa manière, s'est révélée tout aussi novatrice et révolutionnaire que “Tomorrow Never Knows”. Véritable nouvelle mise en musique, cette chanson et ses portraits croisés de solitudes offraient alors, et offrent toujours, un cadre empreint de mélancolie et d'une grande maturité pour une chanson pop.
Sorti il y a tout juste 60 ans, “Revolver” a marqué un tournant dans l'évolution musicale des Beatles, illustrant la volonté du groupe d’expérimenter, tant sur le plan sonore que sur celui de la profondeur des textes. Sur le plan musical, ce disque a ouvert de nouvelles voies en mêlant des éléments de rock, de pop, de psychédélisme, de musique indienne et d'influences baroques pour former un album complexe et cohérent, repoussant les limites conventionnelles de la musique populaire. Au fil de l’écoute, l'auditeur découvre une palette de sonorités innovantes, allant des boucles de bande inversées de “Tomorrow Never Knows” aux arrangements de cordes délicats de “Eleanor Rigby”.
Finalement, “Revolver” témoigne d'un groupe métamorphosé qui accède à une confiance absolue en ses moyens et s’affranchit de toute influence extérieure. Bien qu’il ait initialement reçu un accueil mitigé en raison de sa rupture avec le son pop caractéristique des débuts des Beatles, il est aujourd'hui salué comme l’un des albums les plus influents de l’histoire du rock. Vendu à plus de 7 millions d'exemplaires dans le monde, “Revolver” est largement considéré comme une œuvre majeure qui a contribué à révolutionner la musique moderne. Avec ce disque, les Beatles n’étaient plus de simples anomalies dans l'univers de la pop, ni de simples phénomènes de mode éphémères. Ils étaient devenus les incarnations d’un mouvement culturel vecteur de transformation.
“Revolver” des Beatles, LP 14 titres sorti le 05 août 1966 chez Odeon (FR) / Parlophone Records (UK) / Capitol Records (US)
Tracklist :
1. Taxman (2:38)
2. Eleanor Rigby (2:06)
3. I’m Only Sleeping (3:00)
4. Love You To (2:59)
5. Here, There And Everywhere (2:24)
6. Yellow Submarine (2:38)
7. She Said She Said (2:36)
8. Good Day Sunshine (2:09)
9. And Your Bird Can Sing (2:00)
10. For No One (1:59)
11. Doctor Robert (2:14)
12. I Want To Tell You (2:27)
13. Got To Get You Into My Life (2:29)
14. Tomorrow Never Knows (2:59)
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| Credits Photo : @ Jim Marshall |
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| Credits Photo : @ The Record Hub |
Bibliographie : The Guardian, The Line of Best Fit & BBC
Manu, pour le R.A.S.









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