Album Review : "Porcelain" de Pamplemousse (2025, A Tant Rêver Du Roi)
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| Source : © Bandcamp Officiel Pamplemousse |
On vous le dit et redit à chaque émission et on s’en fait régulièrement l’écho sur ce blog : rarement la « scène rock d’ici » - comprenez, la scène rock hexagonale - n’a fait preuve d’une telle richesse effervescente. Et ce foisonnement musical ne se limite pas qu’à la Métropole, puisque l’un des fers de lance de cette nouvelle scène rock française nous vient tout droit de la Réunion…
Deux ans après son album précédent “Think Of It” (chroniqué ici), le duo réunionnais Pamplemousse, composé de Nicolas Magi (à la guitare et au chant) et de Sarah Lenormand (à la batterie), est de retour aux affaires avec un 4ème effort intitulé “Porcelain” et continue de creuser un sillon, celui du noise rock des années 1990 aux accents garage et grunge.
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| Credits Photo : © William Langer, pour Mowno |
Le duo Sarah et Nicolas, couple à la ville comme sur scène, semble décidé à n’épargner ni rien ni personne, comme en témoigne l’introductif “More Beautiful Than Madonna”, une entrée en matière aussi urgente que imparable, où les riffs assassins répondent présents face à un couplet renfrogné et anguleux, un refrain libérateur, une interprétation habitée et maîtrisée et des martèlements de batterie qui déboulent tel un rouleau compresseur. Et comme si ça ne leur suffisait pas, Sarah et Nicolas pousse encore la déflagration sur la hargneuse et étouffante “Smile The Num”, qui - grâce à la rythmique lourde de Sarah - creuse un sillon taillé dans le granit, ainsi que la corrosive “Big Speakers”, presque grungy dans l’esprit.
Pamplemousse enfonce ensuite le clou avec des morceaux troubles, frontaux et oppressants, tels que le saccadé “Miami Blue” aux frontières du shoegaze, dont le chant semble sorti d’une complainte lointaine ou d’un rêve nébuleux, ou le magnifique, tranchant, abrupt et massif “Snowball”, aux confins du stoner. Il nous faudra attendre “Bad Penny” et “Every Story Has An End” pour retrouver une production plus sèche, qui virevolte entre punk, shoegaze, voire grunge, évoquant le Nirvana de l’époque “Incesticide”, entre mélancolie et espoir.
Ce disque s’achève par une surprise inattendue : “Brick Head”, titre qui commence comme une berceuse indie avant d’exploser en larsens et en laves fragmentées. C’est déroutant, ça sonne comme du Tortoise sous valium, ou encore du Yo La Tengo dopé aux amphétamines dans un versant plus expérimental, mais cela démontre la virtuosité de Pamplemousse lorsque Sarah et Nicolas arpentent des ambiances sombres et survoltées tout au long de cet album rugueux et vénéneux.
« Un disque embrassant la vulnérabilité indie sans trahir un noise rock puissant et nerveux »
La fragilité peut-elle devenir une force ? La question mérite d’être posée à l’écoute du bien nommé “Porcelain”. Avec ce disque enregistré et masterisé au Black Box à Angers par Peter Deimel, le couple expatrié depuis peu en Lorraine a aussi appris à embrasser une certaine idée de la vulnérabilité indie-rock dans sa musique, sans jamais trahir son noise rock nerveux et puissant, qui rappelle The Jesus Lizard, Unsane ou Liars, sa prédilection pour les rythmes ternaires et lancinants, ni même son artisanat underground, qui rappelle The Limiñanas. Mais ce 4ème opus a surtout permis au duo d’assumer ses contradictions.
Avec ce disque sombre à la production léchée et puissante et à l’allure de brûlot furieux mais parfaitement maîtrisé, Pamplemousse parvient à marier la délicatesse à l'énergie de son rock électrique aux saveurs indie et nous prouve une nouvelle fois la vitalité de la scène rock française. Si le Piton de la Fournaise semble pour le moment en sommeil, Pamplemousse a, lui, réveillé et réinventé le noise des années 1990 et a une nouvelle fois fait cracher sa lave rock. Vu le soufre dégagé par ce “Porcelain”, on se prend à espérer une nouvelle éruption prochainement… car, après tout, un Pamplemousse prêt à déguster, ça ne se refuse pas…
La Note du R.A.S. : 8,5/10
“Porcelain” de Pamplemousse, LP 9 titres publié le 26 septembre 2025 chez A Tant Rêver Du Roi
Tracklist :
1. More Beautiful Than Madonna (2:13)
2. Smile The Num (5:05)
3. The Big Speakers (3:54)
4. Miami Blue (3:03)
5. Instrumental (3:25)
6. Snowball (4:33)
7. Bad Penny (2:44)
8. Every Story Has An End (3:31)
9. Brick Head (7:57)
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| Credits Photo : © Rockpix.fr |
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| Source : © Facebook Officiel Pamplemousse |
Bibliographie : Libération, Mowno, Exit Musik & Muzzart
Manu, pour le R.A.S.








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