Sorti un... 26 Mai : "Mutilator Defeated At Last" de Thee Oh Sees (2015, Castle Face Records)
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| Credits Photo : © Franck Alix |
Lorsque l’on évoque les stakhanovistes du rock contemporain, on pense immanquablement aux Australiens de King Gizzard & The Lizard Wizard, ainsi qu’aux adeptes du rock psychédélique californien Ty Segall et son groupe Fuzz, mais également à John Dwyer et son projet aux multiples alias Thee Oh Sees, qui continuent de creuser le sillon compulsif tracé par d'illustres ainés tels que les Melvins, The Fall ou les Rolling Stones par exemple.
Adepte d’un rock foutraque aux multiples orientations musicales et aux riffs dynamiques et indémodables, qui agissent sur l’auditeur comme un presse-purée, Thee Oh Sees a publié le 26 mai 2015 son 10ème album en l'espace de 7 ans, “Mutilator Defeated At Last”. Dix-huitième opus pour son leader acharné, John Dwyer, sur toutes les routes et de tous les combats depuis 1997.
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| John Dwyer - Credits Photo : © Rock Alternative Show |
Groupe à la fois collaboratif et imprévisible mené par son leader charismatique et puissant John Dwyer, Thee Oh Sees - connu sous d’autres appellations, telles que OCS, The Oh Sees, et plus tard, ORC, Oh Sees ou encore Osees - est un groupe aussi prolifique que varié, et son retour chez Castle Face Records après l’album “Putrifiers II” en 2012 ne semble pas l'avoir freiné.
Sorti le 26 mai 2015, le dernier album sous le nom de Thee Oh Sees, “Mutilator Defeated At Last”, est une explosion psychédélique et entraînante. Bien qu'il conserve l'influence des années 1970 caractérisant le style développé par John Dwyer et sa bande, ce disque se distingue par ses riffs percutants, sa production soignée et son ambiance résolument « fun », voire décalée. Cet album comporte donc 9 titres pour à peine 33 minutes de musique, ce qui en fait l’album le plus court de Thee Oh Sees, après “Drop”, sorti l’année précédente. Grâce à cette concision (relativement) nouvelle pour John Dwyer, chaque morceau forme un ensemble bien plus cohérent que sur certains efforts précédents.
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| Credits Photo : © Thomas Girard |
Dès “Web”, morceau d’ouverture le plus impressionnant de sa discographie à l'époque, le groupe californien nous montre qu’il possède toujours la même gnaque et le même pep’s. Sombre, menaçant et porté par des guitares criardes, une reverb agressive et des lignes de basse minimalistes, ce titre introductif au rythme quasi-militaire mené par le flow nerveux, inquiétant et chuchotant de John Dwyer, sonne comme un cri déchirant enveloppé par la douce chaleur du psychédélisme des années 1970.
Mais cela ne signifie pas pour autant que cet opus se cantonne à un néo psychédélisme lourd et parfois surproduit, comme pouvaient le développer à l'époque les Black Angels. Car les hostilités commencent dès la 2nde piste avec le métallique et explosif “Withered Hand”, qui commence par un souffle de vent et une ligne de basse menaçante, avant que des riffs de guitare puissants et la voix furieuse d’Outre-Tombe de John Dwyer nous explosent en pleine face. Le son de ce titre fait un peu penser à une enceinte abimée que l’on chercherait à user jusqu'à la corde. “Withered Hand” est probablement le météore fulgurant de cet album, ne serait-ce que parce qu'il illustre parfaitement l'esprit de ce disque : on s'en fout de ce que vous savez ou espérez, on fait ce que l’on veut. Ce coup de latte punk rock aurait pu peut-être réduire l'album à une sorte de monotonie sans “Poor Queen”. Délicieux mélange de plusieurs styles de production, l’expérimentation y est constante et particulièrement remarquable avec des grooves à faire pâlir Frank Black.
Si “Turned Out Light” est probablement le morceau le plus « faible » - ou moins réussi - de l'album, il fleure tout de même bon le son de Wolfmother et est malgré tout sauvé par un refrain plus lent. Ensuite, la déferlante sonique proposée par “Lupine Ossuary” s’inscrit dans la lignée garage où John Dwyer nous gratifie de soli de guitare fuzzy tonitruants aux saveurs 70’s, tandis que “Sticky Hulks” flirte avec le rock psychédélique avec son orgue solennel et ses sonorités de guitares très aiguës. On trouve ensuite 2 titres percutants avec l’instrumental acoustique et chaleureux “Holy Smoke” et le brûlot punk à la puissance herculéenne “Rogue Planet”, sur lequel la voix rauque et tranchante de John Dwyer semble au sommet de son art.
« Un disque se rapprochant de la puissance monolithique de “Floating Coffin” »
Clôturant le disque, “Palace Doctor” est un titre lourd et progressif, dans la lignée de l’album “… Like Clockwork” de Queens Of The Stone Age, tant par sa composition que par son ambiance, mais sans la grandiloquence ni la prétention. Il se présente surtout comme un doux prélude aux futurs projets de Thee Oh Sees et vous berce jusqu'à relancer l'album sur votre platine, tel un engrenage sans fin.
Malgré son déménagement de San Francisco à Los Angeles et un changement de line up avec désormais 2 batteurs, John Dwyer et Thee Oh Sees continuent de créer une musique envoûtante, une véritable invitation à la contemplation, et revêtent de plus en plus une dimension aussi fascinante pour les fans qu’énervante pour la concurrence. Car outre le fait que l’on se demande à quel psychotrope carbure le père Dwyer, on reste pantois devant sa capacité à produire de nouveaux morceaux, sans jamais susciter l’ennui.
En effet, il n’y avait pas - encore - eu d’évolution notable dans la musique de Thee Oh Sees en 2015. Même si le groupe joue sur les nuances, la puissance des riffs ou les couches de fuzz qui se superposent, la structure garage psychédélique reste la même, toujours maîtrisée à la perfection par un John Dwyer qui braille à s’en péter les cordes vocales, fait suer sa grosse mèche blonde et gigote dans son short moulant, en n’oubliant jamais de dominer son sujet comme personne sur une scène garage américaine dont il est aujourd’hui le patron, le porte-étendard et la plus bandante incarnation. Là où leur précédent album, “Drop”, était plus éclectique, “Mutilator Defeated At Last” se rapproche davantage de la puissance monolithique de “Floating Coffin”. Des titres puissants entrecoupés de moments calmes, histoire de reprendre son souffle entre 2 déferlantes soniques, “Mutilator Defeated At Last” est sans doute l’un des albums les plus jubilatoires de l’année 2015 et le témoignage éclatant du son d'un groupe qui excelle dans son domaine.
“Mutilator Defeated At Last” de Thee Oh Sees, LP 9 titres sorti le 26 mai 2015 chez Castle Face Records
Tracklist :
1. Web (4:59)
2. Withered Hand (3:30)
3. Poor Queen (2:20)
4. Turned Out Light (2:05)
5. Lupine Ossuary (4:18)
6. Sticky Hulks (6:50)
7. Holy Smoke (2:40)
8. Rogue Planet (1:56)
9. Palace Doctor (4:40)
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| Credits Photo : © Pitchfork |
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| Credits Photo : © Pixbear |
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| Credits Photo : © Stéphane Duchêne |
Bibliographie : Benzine, Core And Co & Pitchfork
Manu, pour le R.A.S.










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