Sorti un... 18 Mai : "Brothers" des Black Keys (2010, Nonesuch Records)

Credits Photo : © Rolling Stone Magazine

Voilà déjà 16 piges que l’on s’ambiance au son du 6ème album des Américains de The Black Keys, “Brothers”, l’un de leurs plus gros succès mais surtout le disque qui a permis a Dan Auerbach et Patrick Carney de devenir « mainstream », pour le meilleur comme pour le pire… Car il faut bien l’avouer, on a parfois été dubitatif sur la musique des Black Keys, même si leur premier disque, “The Big Come Up, reste l'un de ces chefs d’œuvre définitifs, rendant un brillant hommage au blues, tout en apportant une relecture des plus efficace de celui-ci.

Avant “Brothers”, les Black Keys étaient considérés comme des « sous-White Stripes ». Pourtant, même si Jack White et Dan Auerbach ne sont pas les meilleurs amis au monde (loin de là !), les 2 premiers albums des Black Keys “The Big Come Up” et “Thickfreakness” montraient bien le côté garage rock crasseux du duo, un son volontairement rétro et lo-fi qui « casse les oreilles ». Il faut dire que le batteur Patrick Carney et le chanteur/guitariste Dan Auerbach ont grandi dans le même quartier d’Akron, Ohio, et sont amis depuis qu’ils ont 8 ans. Ils se connaissent donc très bien, et ont noué une relation forte au fil du temps.

Credits Photo : © Canal+

Afin de sortir de leur statut de petits rockeurs underground et voir enfin leurs noms tout en haut de l’affiche, ils publient, le 18 mai 2010, leur 6ème disque “Brothers”. Incarnant une rupture avec le son garage brut de leurs débuts au profit d’un blues rock plus raffiné et empreint de soul, “Brothers” marque clairement un tournant dans la discographie des Black Keys. Sur cet album, Dan Auerbach et Patrick Carney trouvent un nouvel équilibre créatif, alliant l'énergie brute du blues rock à une production plus riche et travaillée. Le résultat est un album immersif et poignant, qui distingue le duo des innombrables groupes de la scène revival blues rock.

Le morceau d'ouverture, “Everlasting Light”, surprend immédiatement l'auditeur par le falsetto du chanteur, une audacieuse variation de son style vocal habituel. C'est le signe que “Brothers” sera tout, sauf prévisible. Le rythme entraînant et le riff de guitare minimaliste du morceau sont à la fois accrocheurs et subtils, reflétant la maturité et la sophistication qui imprègnent l'ensemble de l'album. “Next Girl”, avec sa ligne de basse distordue et ses paroles simples évoquant un chagrin d'amour, offre la puissance brute caractéristique des Black Keys tout en suggérant une dimension plus soul et introspective.


“Tighten Up”, sans doute le titre le plus populaire de l'album, produit par Danger Mouse, illustre parfaitement l'exploration de nouveaux horizons sonores par le duo. Son riff sifflé entraînant et son groove mid-tempo en font un morceau incontournable, séduisant aussi bien les fans de la première heure que les nouveaux auditeurs. L'influence de Danger Mouse se fait sentir dans la production soignée et radiophonique du morceau, mais l'essence même des Black Keys demeure intacte : brute, sans compromis et profondément ancrée dans la tradition blues.


“Brothers” témoigne également de la volonté du groupe d'expérimenter différentes ambiances et différents tempos. “Too Afraid To Love You” est un titre envoûtant et mélancolique, dont les sonorités de clavier évoquant le clavecin lui confèrent une atmosphère étrange. C'est un morceau sombre et introspectif qui s'intègre parfaitement à des titres plus rythmés comme “Howlin’ For You”, qui distille une énergie garage rock avec une batterie percutante et des riffs de guitare saturés et sauvages. Lorsque l’on arrive à “Unknown Brother”, un titre en guise d’hommage poignant au frère disparu de Dan Auerbach, on a déjà traversé toute une palette d'émotions, tout en restant immergés dans l'atmosphère cohérente et ténébreuse de ce disque.


L'un des points forts de cet album réside dans l’alchimie musicale du duo. Le jeu de batterie de Patrick Carney, discret mais dynamique, permet aux riffs de guitare et au chant de Dan Auerbach de s'exprimer pleinement sans jamais perdre en rythme ni en énergie. Ensemble, ils créent un son riche et complexe. Cette configuration minimaliste à 2 les oblige à être créatifs malgré les contraintes, ce qui se traduit par des approches novatrices du rock traditionnel. Dans “Brothers”, l'utilisation de techniques de production subtiles, telles que l’usage de matériel vintage, de bruits ambiants et un enregistrement analogique, confère à l'album une ambiance chaleureuse et rétro qui s'accorde parfaitement avec ses thèmes contemporains.

Credits Photo : © Rock N' Fool

Sur cet album, la voix de Dan Auerbach témoigne d'une remarquable polyvalence, explorant des registres plus aigus, des falsettos et des tonalités plus douces que dans ses performances précédentes. Cette évolution de son style vocal confère à “Brothers” une dimension soul, enrichissant les histoires racontées dans chaque morceau. Les textes abordent les thèmes de la déception amoureuse, de la trahison et de l'introspection, offrant un sentiment d'intimité et de vulnérabilité qui contraste magnifiquement avec ses sonorités plus brutes et blues.

« Un blues sentimental sombre habité par de grosses guitares électriques sales »

Afin de jouir d’une expérience d’écoute optimale et d’une atmosphère propre au blues très original et élaboré des Black Keys, nous ne pouvons que vous recommander de l’écouter fort sur une platine vintage accompagnée d’enceintes calibrées pour faire ressortir les grosses basses, les vieilles grattes, ainsi que les nuances subtiles proposées par le jeu de Patrick Carney. Car si “Brothers” fait partie des plus grands succès commerciaux des Black Keys et leur a permis de garnir leur étagère à trophées d’un disque de platine et de 3 Grammy Awards, il témoigne surtout de la capacité du groupe à faire évoluer son style, tout en conservant l'authenticité et la force brute qui ont fait son succès initial. Pour reprendre la comparaison très usitée au début des années 2010, si Jack White semblait faire du surplace (à l'époque), la musique  des Black Keys effectuait de jolies variations et faisait du bien à nos oreilles.

Credits Photo : © Pitchfork

L'ensemble est lourd et puissant, l'ambiance est celle d'un blues sentimental sombre habité par de grosses guitares électriques sales et très travaillées tandis que Dan Auerbach feule sa douleur avec conviction sur des thématiques prenantes. Un disque direct, sans chichi, hyper rock et direct qui tape dans l’œil pile au bon endroit. Et réussir cet exploit est bien évidemment plus difficile que l’on ne le croit. Les tubes sortent en pagaille et l’album fait partie de ses disques qui rencontrent un succès énorme presque d’un seul coup. Séduisant les fans comme la critique par son approche à la fois authentique et novatrice du blues rock, “Brothers” demeure un classique moderne, l’un des meilleurs disques de la décennie, salué pour sa musicalité, son originalité et les risques créatifs qui se sont avérés payants. Le succès des Black Keys s’est donc construit et il atteindra peut-être sa dimension paroxystique sur “El Camino” l’année suivante. Le dernier vrai bon disque de Dan Auerbach et Patrick Carney à date.


“Brothers” des Black Keys, LP 15 titres (18 en version Deluxe) sorti le 18 mai 2010 chez Nonesuch Records

Tracklist :

1. Everlasting Light (3:25)

2. Next Girl (3:17)

3. Tighten Up (3:31)

4. Howlin’ For You (3:11)

5. She’s Long Gone (3:06)

6. Black Mud (2:09)

7. The Only One (5:00)

8. Too Afraid To Love You (3:25)

9. Ten Cent Pistol (4:29)

10. Sinister Kid (3:44)

11. The Go Getter (3:37)

12. I’m Not The One (3:49)

13. Unknown Brother (4:00)

14. Never Gonna Give You Up (3:39)

15. These Days (5:12)


- Version Deluxe -

16. Chop And Change (2:25)

17. Keep My Name Outta Your Mouth (3:09)

18. Black Mud Part II (2:39)




Credits Photo : © Canal+

Credits Photo : © Pitchfork

Bibliographie : Jack, Pitchfork & Forces Parallèles


Manu, pour le R.A.S.

Commentaires

Articles les plus consultés