Sorti un... 05 Mai : "Powerage" de AC/DC (1978, Atlantic Records)
![]() |
| Credits Photo : © Louder Sound |
Malgré une discographie pléthorique, certains albums du groupe australien AC/DC restent parfois sous-estimés, voire oubliés, à tort. Pourtant, dès que je les pose sur ma platine, je suis instantanément subjugué par ces chefs-d'œuvre sonores. Sorti le 05 mai 1978 chez Atlantic Records, “Powerage” est de ceux-là.
5ème album studio de ces légendes du rock, il figure sans conteste parmi les meilleurs enregistrements de l'ère Bon Scott. Et bien que j'adore “Highway To Hell”, j'irais même jusqu'à dire que “Powerage” est le meilleur disque d'AC/DC des années 1970, voire de toute leur discographie. Et pourtant, ce n'est pas l’album dont tout le monde parle, ni celui qui vient immédiatement à l'esprit quand on pense à AC/DC.
![]() |
| Credits Photo : © Chris Walter Wire |
De ce fait, « sous-estimé » est sans doute le qualificatif qui sied le mieux à “Powerage”. C'est comme si cet album avait été éclipsé par “Let There Be Rock” (publié l’année précédente), “Highway To Hell” (sorti l’année suivante), la disparition tragique de Bon Scott en 1980 et l’arrivée de “Back In Black”, signant l’intronisation de Brian Johnson au rang de nouveau chanteur. Pourtant, “Powerage” est un album colossal porté par le chant exceptionnel de Bon Scott, qui triomphe de sa voix puissante sur des titres comme “Rock N’ Roll Damnation”, “Riff Raff” et “Sin City”. Mais cet opus ne se résume pas à un seul homme, car il s'agit également du premier enregistrement de Cliff Williams avec AC/DC.
Pourtant, après plusieurs écoutes, il apparaît clairement que “Powerage” est l'album du regretté Bon Scott. Une grande partie de la beauté de cet effort réside dans les portraits finement esquissés par le chanteur d'hommes déçus et désespérés, poussés à bout par un amour perdu et le désespoir. Malgré son assurance apparente, Bon Scott a toujours eu une affection particulière pour les âmes brisées et meurtries. Pour ce type aux chaussures trouées, aux dents cariées et aux jeans rapiécés à l'infini, “Powerage” célèbre la force de caractère face à des épreuves dévastatrices.
Mais surtout, au cœur de l'album, il y a toujours une lueur d'espoir pour ceux qui sont au plus bas, comme en témoigne “Sin City”, un pied de nez magistral au destin, un dernier baroud d'honneur face à un destin cruellement défavorable. Après “Powerage”, AC/DC allait devenir plus bruyant, plus léché, plus imposant, mais ils ne feraient plus jamais preuve d'autant de cœur, d'âme et d'humanité.
S’ouvrant sur le percutant “Rock N’ Roll Damnation”, qui rappelle “It’s A Long Way To The Top (If You Wanna Rock N’ Roll)”, “Powerage” nous y propose un jeu de guitare remarquable sublimé par la voix incandescente de Bon Scott. Pourtant, curieusement, “Rock N’ Roll Damnation” n’a vu le jour que parce que la maison de disques estimait que “Powerage” avait besoin d’un titre taillé pour la radio. Mission réussie puisqu’il est devenu un favori des fans et un incontournable du répertoire d’AC/DC, figurant même sur la bande originale du film “Iron Man 2”.
![]() |
| Credits Photo : © Virgin Radio |
Si aucun titre issu de “Powerage” ne figure réellement parmi les grands classiques plébiscités par le grand public, AC/DC nous livre une nouvelle fois une splendide collection de morceaux intemporels. Ainsi, en chef-d’œuvre de rock rythmé, riche et puissant, aux accents blues, dopé par une autre prouesse vocale de Bon Scott, “Down Payment Blues” se révèle être un exemple de pure intensité turgescente, qui laisse lentement monter sa sève le long d'un riff hypnotique et imparable, et aurait très bien pu figurer sur l’album “Stiff Upper Lip”, tant il nous livre un hard rock bluesy à son apogée !
Quant à “Sin City”, c’est à nouveau un titre monstrueux, qui ouvre la face B de l'album. À l'image du pouvoir de séduction de la ville de Las Vegas, dont il s'inspire, “Sin City” vous touchera au plus profond de votre âme, vous imprégnant d'un chef-d'œuvre sonore magistral, rythmé et centré sur la basse. Et comment ne pas évoquer LE chef d'oeuvre de “Powerage”, l'énorme et virulent “Riff Raff”, son riff anthologique à la Led Zeppelin sous amphétamines, qui met à mal les amplis, et le chant purement rageur de Bon Scott... Cinq minutes de jouissance absolue dont seul AC/DC a le secret, et probablement l’un des meilleurs morceaux du groupe à mon humble avis !
Sur ce disque, la frontière entre le AC/DC old-school, énergique et conquérant, et le nouveau AC/DC, plus posé, qui explore de nouveaux territoires sonores, est agréablement floue. En effet, cet album présente une dynamique en dents de scie tout au long de ses 9 titres : tantôt un monstre rock parfait comme “Riff Raff”, tantôt les guitares graves et la batterie percutante de “Gimme A Bullet” - qui sonne comme du Lynyrd Skynyrd - et tantôt un morceau mid-tempo plus tranquille, construit autour d'un riff de guitare presque pop et des paroles crues évoquant la perte d’un être cher à cause de l'héroïne, tel que “Gone Shootin”. Sans oublier le fonceur “Up To My Neck In You”, ainsi que l'étonnant “Kicked In The Teeth”, turbulent rejeton de “Let There Be Rock” - dont il a hérité du riff - et de “Whole Lotta Rosie”.
Le fait que “Powerage” soit le seul titre d'album d'AC/DC à ne pas figurer dans le refrain d'une de leurs chansons témoigne de l'une des qualités essentielles de ce disque : la subtilité. Certes, les riffs puissants de “Riff Raff” et le son percutant de “Kicked In The Teeth” ne font pas dans la subtilité, mais sur des morceaux comme le poignant “Down Payment Blues”, le joyeux “What’s Next To The Moon”, le plaintif et précis “Gone Shootin”, AC/DC fait preuve d'une discipline, d'une maîtrise et d'une puissance contenue que seuls les musiciens les plus mûrs et les plus sûrs d'eux peuvent atteindre.
« Un album qui bouillonne d'une agressivité à peine contenue… »
Conscients de la pénible gageure que constituait la réalisation du successeur de “Let There Be Rock”, les producteurs George Young et Harry Vanda, qui officient pour la dernière fois sur un album studio d’AC/DC (ils produiront encore le live “If You Want Blood, You’ve Got It” quelques mois plus tard), ont conçu “Powerage” comme une vitrine qui placerait AC/DC au même niveau que les superstars américaines avec lesquelles ils partageaient désormais la scène.
![]() |
| Credits Photo : © The Courier |
En ressort un disque au panache aussi considérable que remarquable, qui, dans un sens, est devenu le pendant pour AC/DC du “Astral Weeks” de Van Morrison, du “Pet Sounds” des Beach Boys et du “Exile On Main Street” des Stones. Comme ces 3 albums, “Powerage” ne contient aucun des morceaux les plus connus du groupe, ses ventes ont été inférieures à celles des albums précédents et suivants, ses textes sont d'une gravité et d’une introspection atypiques, et sa musique est profonde et exploratoire.
Bien que largement sous-estimé dans la discographie des australiens, “Powerage” est souvent cité par les grands fans des frères Young - mais aussi par des artistes comme Eddie Van Halen ou Keith Richards - comme leur album favori. C’est peut-être sur ce disque que le travail de parolier de Bon Scott est le plus abouti et que la puissance brute et l'énergie du groupe sont mises en exergue. En effet, aussi excellent que fut “Highway To Hell” par la suite, “Powerage” fut le dernier album où les membres d’AC/DC se montrèrent si bruts, sous-produits et pleinement épanouis. C'est un disque tellement authentique et sans fard, avec toutes ses imperfections. Un album qui bouillonne d'une agressivité à peine contenue… Et c’est cette noirceur qui fait la force de “Powerage”. Du hard rock blues pur et dur, sans aucun temps mort. Un disque mythique qui mérite d’être (re)découvert et qui a incontestablement sa place dans toute discographie qui se respecte.
Tracklist :
1. Rock N’ Roll Damnation (3:37)
2. Down Payment Blues (6:04)
3. Gimme a Bullet (3:21)
4. Riff Raff (5:12)
5. Sin City (4:45)
6. What’s Next To The Moon (3:32)
7. Gone Shootin’ (5:06)
8. Up To My Neck in You (4:13)
9. Kicked in The Teeth (3:54)
![]() |
| Credits Photo : © Vanyaland |
Bibliographie : Aux Portes du Metal, Rock Meeting & The Quietus
Manu, pour le R.A.S.









Commentaires
Enregistrer un commentaire