Sorti un... 18 Février : "Push The Sky Away" de Nick Cave & The Bad Seeds (2013, Bad Seed Ltd.)
Depuis le début de sa carrière il y a 45 ans, Nick Cave n’a eu de cesse d’évoluer et de se réinventer avec ses différents projets et présente aujourd’hui une discographie remarquable - pratiquement - exempte de fausses notes. Le 18 février 2013, le charismatique chanteur australien publiait avec ses « Mauvaises Graines » - « Bad Seeds » en anglais dans le texte - leur 15ème production commune, intitulée “Push The Sky Away”.
Enregistré au studio La Fabrique de Saint-Rémy-de-Provence et réalisé une nouvelle fois par le producteur britannique Nick Launay, avec qui ils avaient déjà collaboré sur leurs 3 albums précédents (“Nocturama” en 2003, “Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus” en 2004 et “Dig, Lazarus, Dig!!” en 2008), ainsi que sur les 2 albums de l’abrasif projet Grinderman, ce disque expose une nouvelle facette du groupe, aperçue précédemment sur “The Lyre of Orpheus” : plus posée et calme, oscillant entre blues dépouillé et folk électrique.
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| Credits Photo : © RTBF |
Selon Nick Cave lui-même, “Push The Sky Away” est une œuvre qui puise son inspiration au sein de l’ascendant croissant que possède Internet sur le cours de nos existences (évènements sociaux, ferveurs subites et éphémères, délires mystiques et religieux…). Ainsi, selon l’Australien, le développement d’Internet provoquait déjà à l’époque une chute indéniable du discernement et de la faculté d’analyse de l’être humain.
Afin d’illustrer ce monde qui court à sa perte, notre poète et confectionneur de chansons a choisi une instrumentalisation très sobre : une basse, discrète, mais qui sait aussi se faire inquiétante quand il le faut - comme sur “Water’s Edge” - en guise de colonne vertébrale, accompagnée de quelques notes de piano par ci, d’un violon par là, et d’une guitare acoustique ailleurs… Ces choix artistiques très forts donnent lieu à une belle collection de ballades incandescentes et d’un dépouillement sonore exquis, mystérieux et envoûtant, qui accompagne l’auditeur dans un état méditatif proche du recueillement. Et qui, soit dit en passant, se situe aux antipodes de l’univers un brin déjanté qui était proposé sur “Dig, Lazarus, Dig!!” 5 ans auparavant.
Ici, les morceaux sont clairement construits autour de la poésie mélancolique de Nick Cave, dont le charisme et la performance vocale sombres nous guideront tout au long de l’album. Ajoutez à l’interprétation magistrale de l’Australien des cordes solennelles, des guitares habilement utilisées, des percussions discrètes, ainsi qu’une production limpide… et vous obtenez ce “Push The Sky Away” sans la moindre faiblesse.
Alors que Nick Cave avait vécu le départ de Mick Harvey, membre fondateur des Bad Seeds, comme une « véritable trahison », cet événement s’est au contraire révélé salutaire tant Harvey incarnait l’esprit post-punk des origines du groupe, en complète opposition avec la nouvelle orientation musicale née de la collaboration avec le violoniste Warren Ellis sur les bandes originales des films “The Assassination of Jesse James” en 2007 et “The Road” en 2009. Et le parti pris de Nick Cave de ne remplacer la guitare rythmique de son ancien complice que par quelques textures ou gimmicks discrets de six-cordes confère à ce disque un rendu superbe, à la fois organique, élégant et ample, mais aussi aéré et épuré.
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| Credits Photo : © Alter 1fo |
“Push The Sky Away” nous charme également car aucune faiblesse n’est décelée dans cet effort. Neuf morceaux pour autant de fragments scintillants frisant le sublime : de la ballade “We No Who U R”, qui ouvre superbement l’album, à la minimaliste “Wide Lovely Eyes”, la mystérieuse ligne de basse enfiévrant “Water’s Edge”, la bluesy, énigmatique et impériale “Higgs Boson Blues” et la conclusive et mystique “Push The Sky Away”, sans oublier l’une des pièces maîtresse de la discographie de Nick Cave, “Jubilee Street”, ce disque est réjouissant, plein d’inventivité, dans une ambiance sonore feutrée, chaude et réconfortante avec des chœurs magnifiques.
En parvenant à dépasser la schizophrénie qui l’habitait depuis “Nocturama”, tiraillé entre revival post-punk et dark-folk méditative, Nick Cave donne enfin la pleine mesure de cette nouvelle sensibilité artistique que l’on sentait poindre, encore bridée, sur ses précédents albums. Pour la pousser jusqu’à cette perfection dont on fait les chefs-d’œuvre…
« Une oeuvre intemporelle qui vous marque et se grave à jamais dans votre mémoire »
Grâce à une pureté enfin retrouvée et des morceaux épurés, en totale opposition aux premiers albums aux arrangements surchargés, cet album nous tient en haleine et nous emmène même par moments en apesanteur. La sobriété contemplative de la musique, oscillant de la sérénité à l’inquiétude, se révèle être en parfaite adéquation avec les textes très littéraires de Nick Cave sur le thème de l’amour.
Détaché de son passé encombrant et de ses addictions, habité d’une énergie démentielle, libéré de la folie du rock sévèrement burné de Grinderman, et assumant enfin sans arrière-pensée sa nouvelle orientation musicale, Nick Cave nous offre avec cet opus tout simplement l’un de ses meilleurs disques. Album crépusculaire et méditatif, mais aussi lumineux et optimiste, empreint de la beauté du silence, de la fragilité d’un artiste, d’un mari et d’un père qui doute de lui et du monde avant de réaffirmer sa foi en la vie, “Push The Sky Away” fait partie de ces œuvres intemporelles qui vous marquent et se gravent à jamais dans votre mémoire…
“Push The Sky Away” de Nick Cave & The Bad Seeds, LP 9 titres sorti le 18 février 2013 chez Bad Seed Ltd.
Tracklist :
1. We No Who U R (4:04)
2. Wide Lovely Eyes (3:40)
3. Water’s Edge (3:49)
4. Jubilee Street (6:35)
5. Mermaids (3:49)
6. We Real Cool (4:18)
7. Finishing Jubilee Street (4:28)
8. Higgs Boson Blues (7:50)
9. Push The Sky Away (4:07)









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