Sorti un... 11 Février : "Meat Is Murder" de The Smiths (1985, Warner Music UK)

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Lorsque l’on évoque les années 1980 en terme de musique, le grand public pense instantanément à ces succès populaires de la variété française et à ces artistes éphémères qui inondent encore aujourd’hui nos Zéniths et nos chaînes de télévision à grands renforts de tournées ou de films “Stars 80”. Oui, dans la légende - largement fantasmée - des années 1980, celles-ci furent festives, populaires, mais pas franchement révolutionnaires musicalement. Pourtant, ce serait occulter que les années 1980 ont vu éclore certains des groupes de rock les plus influents des décennies à venir… On peut notamment citer Depeche Mode, New Order, fondé par les membres de Joy Division après le décès de Ian Curtis, Sonic Youth, Pixies, Nirvana ou encore The Smiths, sur qui nous allons nous pencher aujourd’hui.

En effet, le 11 février 1985 paraissait le 2ème album des Smiths, intitulé “Meat Is Murder”. Succédant à un premier album éponyme publié un an plus tôt et qui avait offert une gloire immédiate aux 4 Mancuniens (Johnny Marr à la guitare et la composition, Andy Rourke à la basse, Mike Joyce à la batterie et Steven Morrissey aux voix et aux textes), ce 2ème opus parvient à capter avec une acuité rare l’esprit d’une époque et les travers d’une nation, tout en propulsant Morrissey - à raison - au rang de meilleur parolier de la Perfide Albion. Pourtant, des années après, ce disque est étonnamment relayé au second plan par rapport à leur 3ème effort de 1986, “The Queen Is Dead”, considéré par beaucoup comme le sommet de la discographie du groupe.

Credits Photo : © Ross Marino

Nordistes attachés à une tradition d’opposition ouvrière opiniâtre, les Smiths sont pleinement conscients qu’ils ont un rôle à jouer : prévenir de l’insurrection qui guette et se faire les porte-paroles de ceux qui se sentent privés de voix dans une Angleterre en proie au Thatchérisme le plus brutal. Pourtant, “Meat Is Murder” est bien plus qu’un disque éminemment politique ou une satire sociale : c’est une véritable incitation à la révolte. A une époque où la fracture sociétale et idéologique entre les élites et la classe ouvrière est au firmament, le groupe dénonce à travers cet album les oppressions, les dysfonctionnements et la violence institutionnels. Et il le fait avec une intelligence vénéneuse qui marquera cette œuvre et la rendra iconique.


Musicalement, les Smiths ont rectifié un aspect qui avait un peu atténué la dimension de leur 1er effort : la production de John Porter, qui limitait l’impact de certaines chansons. Cette fois, telle une émeute intérieure, ce deuxième album convoque merveilleusement un panel de sentiments contradictoires, culminant dans la chanson éponyme “Meat Is Murder” où l’auditeur croise désespoir et certitude lorsque Morrissey parle de la cause animale. Au fil de ce disque, la combinaison des textes lugubres et du chant de Morrissey au coup de guitare de Johnny Marr génère une tension qui ne demande qu’à se métamorphoser en menace et incite à une réflexion profonde sur cette Angleterre des années 1980.

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Le succès de “Meat Is Murder” vient en partie de la faculté de Morrissey et ses comparses à emmener avec eux la classe moyenne britannique et, ainsi, à faire un doigt d’honneur à l’Establishment et l’aristocratie, qui se refusent à entendre les revendications d’une Angleterre bien décidée à ne plus se plier aux valeurs traditionnelles. Mais cela tient aussi à la musique insolente, sincère et authentique du quatuor, qui, conjuguée à des textes remarquables traitant aussi bien des désillusions sentimentales et professionnelles, des rancœurs amicales, de la cause animale ou de la lutte permanente contre l’Establishment, parvient à fédérer.

« Un disque terriblement actuel… un catalyseur de réflexion »

Mais ce qui frappe surtout à la réécoute de “Meat Is Murder”, c’est que plus de 40 ans après sa sortie, il reste un disque terriblement actuel. Il continue de parler à ceux qui se sentent déçus par la société et qui cherchent à donner du sens à leur existence. C’est un album qui, par son engagement et ses thématiques radicales, a inspiré de nombreux mouvements, et qui reste un modèle de musique engagée pour quiconque refuse de se complaire dans une vision confortable et apaisée du monde. S’il ne jouit pas de la même reconnaissance publique que “The Queen Is Dead”, “Meat Is Murder” reste un phare et un catalyseur de réflexion pour plusieurs générations engagées, un sommet - parfois incompris - dans la carrière des Smiths et tout simplement, l’un des plus grands albums de rock des années 1980.


“Meat Is Murder” de The Smiths, LP 9 titres sorti le 11 février 1985 chez Warner Music UK

Tracklist :

1. The Headmaster Ritual (4:55)

2. Rusholme Ruffians (4:20)

3. I Want The One I Can’t Have (3:13)

4. What She Said (2:42)

5. That Joke Isn’t Funny Anymore (4:57)

6. Nowhere Fast (2:37)

7. Well I Wonder (3:59)

8. Barbarism Begins At Home (6:53)

9. Meat Is Murder (6:13)




Credits Photo : © Paul Natkin


Bibliographie : Benzine, FIP & Sound of Violence


Manu, pour le R.A.S.


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