Sorti un... 14 Février : "Harvest" de Neil Young (1972, Reprise Records)
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| Credits Photo : © Henry Diltz |
S’il est un disque qui a marqué la carrière de Neil Young aux yeux du grand public, c’est bien sa 4ème production sortie en 1972, “Harvest”. En effet, cet album est, depuis plus de 5 décennies, la porte d’entrée la plus courante pour découvrir l’œuvre foisonnante du Loner.
Pourtant, “Harvest” c’est avant tout l’histoire d’un disque étrange, que personne n’avait vu venir et qui fut copieusement boudé par la critique à sa sortie, y compris par son auteur, qui a toujours entretenu un rapport ambigu à cette oeuvre, qui l’a hissé au sommet des songwriters des années 1970. Si cet opus a été reconnu au fil des ans comme un album majeur - et le plus emblématique - de la carrière de Neil Young, le public l’a - lui - immédiatement plébiscité, notamment grâce à ses 2 tubes “Heart Of Gold” et “Old Man”.
Après ses débuts dans les années 1960 au sein de Buffalo Springfield, puis en solo ou avec le trio égotique Crosby, Stills & Nash, Neil Young possède déjà une carrière qui ferait frémir tout musicien en quête de réussite. En 1971, le musicien canadien a 26 ans et il va se réinventer. Fraîchement débarqué à Nashville pour une émission télé, Neil Young délaisse son groupe d’accompagnement habituel, le Crazy Horse, toujours en disgrâce du fait de l’addiction à l’héroïne du guitariste Danny Whitten, et décide, sur un coup de tête, d’enregistrer quelques titres de son futur album dans le studio Quadrafonic Sound avec des musiciens qu’il ne connaît pas.
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| Credits Photo : © Henry Diltz |
En effet, le dimanche étant jour chômé pour de nombreux musiciens, ces derniers sont recrutés à la hâte par le patron du studio, Elliot Mazer. A l’opposé des guitares hurlantes du Crazy Horse, cet écrin de country-folk dans lequel le Loner glisse ses dernières compositions est doucement rythmé par la batterie de Kenny Buttrey, la basse de Tim Drummond, la slide-guitare de Ben Keith ainsi que les chœurs de Linda Ronstadt et de James Taylor, l’ensemble se baptisant « Stray Gators ». Très satisfait du groupe assemblé à Nashville, Neil Young va les inviter dans son ranch, à Redwood en Californie, pour d’autres morceaux plus électriques. Enregistré en deux temps, “Harvest” est de loin le plus grand succès commercial de Neil Young, propulsé par la ballade country emblématique “Heart Of Gold”.
Évoquant parfaitement l’optimisme moribond de la contre-culture de San Francisco et le cynisme naissant de la génération du Watergate, ce disque diffuse une ambiance bucolique grâce à l’ouverture “Out On The Weekend” ou la piste-titre, et la plupart des morceaux baignent dans une atmosphère acoustique et campagnarde. Du folk qui lorgne vers la country, des chansons avec arrangements symphoniques, mais aussi du rock. Car un album de Neil Young ne serait pas complet sans quelques riffs hargneux. Celui qui deviendra plus tard le parrain du grunge nous montre à travers un titre comme “Alabama” qu’il sait aussi affoler les décibels.
La spontanéité des musiciens réunis au débotté autour de Neil Young, la simplicité musicale des morceaux et le génie mélodique du Loner expliquent en partie la réussite inattendue de ce disque. Il se dégage de cet album une fausse légèreté et une évidence : avec “Harvest”, Neil Young devient l’un des monuments du folk-rock, mais ne s’y enferme pas en ouvrant son album sur d’autres genres musicaux, y compris la musique symphonique.
« Un disque tranquille, lumineux et intemporel qui raconte l’histoire d’une année charnière dans la vie de Neil Young »
Certains considèrent “Harvest” comme le chef d’oeuvre de Neil Young, d’autres non. Quoi qu’il en soit, il s’agit à n’en pas douter d’un album majeur et incontournable dans l’histoire musicale. Mais cette récolte de 10 pépites pop-folk-country-rock est aussi l’histoire d’une année charnière pour Neil…
Ce disque marque en effet une charnière entre ses précédents albums avec le groupe Crazy Horse et les années noires qui vont suivre, marquées par la découverte du handicap de son fils Zeke en septembre 1972 et la mort de son guitariste Danny Whitten en novembre de la même année. Avant de sombrer dans la dépression et d’enregistrer 3 albums très sombres (“Time Fades Away” en 1973, “On The Beach” en 1974 & “Tonight’s The Night” en 1975), Neil Young signe ce disque tranquille, lumineux et intemporel.
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| Credits Photo : © Henry Diltz |
Pour le grand public, “Harvest” demeure le sommet de sa riche discographie. Sur fond de country-rock et de folk mélancolique, l’art du Loner brille de mille feux tout au long de ce disque, sorte de Graal bucolique et champêtre. Derrière sa béatitude peace & love, cet effort reste une œuvre riche, tourmentée et mélodiquement parfaite.
Si l’enchaînement de drames vécus durant le 2nd semestre 1972 plongera le Canadien dans une grosse phase dépressive et alimentera paradoxalement son inspiration, tant et si bien qu’il donnera la pleine mesure de son talent et enregistrera dans les mois suivants des albums considérés aujourd’hui comme ses meilleures productions, “Harvest” reste le véritable point de départ de la légende de Neil Young et un disque pour l’Histoire, qui influencera de nombreuses générations.
Tracklist :
1. Out On The Weekend (4:31)
2. Harvest (3:09)
3. A Man Needs A Maid (4:02)
4. Heart Of Gold (3:07)
5. Are You Ready For The Country ? (3:23)
6. Old Man (3:22)
7. There’s a World (2:59)
8. Alabama (4:02)
9. The Needle And The Damage Done (2:03)
10. Words [Between The Lines Of Age] (6:47)
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| Credits Photo : © Classic Album Sundays |
Bibliographie : Blues Magazine, France Info & France Musique
Manu, pour le R.A.S.








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