Après une courte nuit, nous reprenons le chemin du Square Bayard pour notre 2ème journée de ce cru 2023 du Cabaret Vert. En arrivant sur site ce vendredi, nous retrouvons de vieilles connaissances : les rémois de Kiplan. Jouant sur la dualité de leur identité musicale, entre pop fragile et rock robuste, le groupe local parvient sans peine à séduire un public des Illuminations conquis, qui doit également lutter contre un adversaire de taille, le soleil et la chaleur.
Alors que les alsaciens de Terne infusent un soupçon de mélancolie grâce à leur post-punk prometteur, nous entrons dans le vif du sujet avec les britanniques de Benefits. Porté par leur charismatique et furieux frontman Kingsley Hall dont le chant mi-hurlé mi-rappé sonne comme une juste réplique à la rhétorique empoisonnée des xénophobes, les britanniques collent une sacrée mandale au public de Razorback, qui tend l’autre joue. Durant les 45mn de ce set bien fougueux, dévastateur et vénère, aux frontières du metal et du punk (notamment pour son aspect social), tout le monde en prendra pour son grade, Kingsley Hall fustigeant successivement les fascistes, la royauté anglaise et les réseaux sociaux, YouTube et Tik Tok en tête.
A peine le temps de déguster l’une des nombreuses bières artisanales brassées localement que nous retournons sur Razorback pour découvrir les anglaises de Coach Party. Né sur l’île de Wight, le quatuor a hérité de sa terre natale le goût des lignes instrumentales ciselées au rasoir et régale le nombreux public grâce à son rock alternatif composé avec les tripes, qui emprunte aussi bien à Nirvana & Sonic Youth qu’aux Strokes et à Wolf Alice.
Tandis que sur Zanzibar, le rappeur Zola massacre la langue de Molière, la régionale de l’étape, l’insaisissable Flora Fishbach, hypnotise le public des Illuminations avec les volutes de son indie pop hallucinée, mystérieuse et poétique et, en cette période de Coupe du Monde féminine, joue les prolongations pendant plus de 20mn. Voilà qui pourrait retarder l’entrée en scène de l’une des principales attractions de la journée, les suédois de Viagra Boys. Mais fort heureusement, il n’en est rien...
Tandis que Christine And The Queens - qu’il convient dorénavant d’appeler « Redcar » - ne fait pas l’unanimité - et le plein - sur Zanzibar, celle-ci terminant une nouvelle fois torse nue pour le plus grand plaisir de certains photographes, nous en profitons pour déambuler et nous restaurer grâce aux nombreux stands locaux prévus à cet effet.
Car pour réellement apprécier le Cabaret Vert, il faut aussi être un fin gourmet, le festival carolomacérien étant réputé pour être l’un de ceux où l’on mange le mieux, et local en plus ! Les plus fins palais trouveront leur bonheur au milieu des stands de charcuterie au Temps des Freaks, de la poutine confectionnée avec amour par The Mother Road, des burgers ardennais au boudin de Rethel sur la plaine de la Macérienne ou des célèbres kebabs au sanglier dans le square. Et les plus récalcitrant(e)s à la « junk food » sacrifieront quant à eux/elles au traditionnel rituel de la fameuse cacasse à cul nu.
Pour poursuivre la soirée, il conviendra de choisir entre la pop alternative déstructurée, bruitiste, quasi-nihiliste, des irlandais de Gilla Band sur Razorback et la transe punk rock des suédois de Viagra Boys, qui laminera le public des Illuminations à coups de délires free jazz, de blues alcoolisé et de punk rock abrasif. Punk dans l'âme et dans le texte, le groupe scandinave mené par l’un des plus grands frontmen de notre époque - l’habité, extravagant, imprévisible et frappadingue Sebastian Murphy - saupoudre son rock de mille nuances de funk, de jazz et de pop et incarne à lui seul tout ce que l’on aime dans le mouvement punk actuel.
Puis toutes les générations se donneront rendez-vous sur Zanzibar pour se déhancher au son de la dance des Chemical Brothers, sortes de Walter White et Jesse Pinkman du Big Beat. A défaut de nous emmener jusqu’au bout de la nuit, les Chemical auront au moins réconcilié les générations le temps d’un set visuel et nostalgique.
Tandis que les plus jeunes martyrisent la langue de Molière en reprenant la logorrhée incessante de PLK sur Zanzibar, chacun(e) choisira son camp pour achever la soirée, entre la house chaloupée et inspirante des américaines de The Blessed Madonna sur Illuminations et le metal indus, brutal, dévastateur, cinglant et un brin psychédélique des français de Ten56. sur Razorback, ces derniers nous ayant séduits au plus haut point, dégageant une atmosphère percutante et oppressante. Ca sonne comme si Rammstein s’était accouplé avec Whitechapel et Sisters of Mercy, ça file quelques acouphènes mais ça fait un bien fou et leur énergie emportera tout sur son passage devant un public aux anges, qui se verra gratifier de la note de 11/10 par le chanteur Aaron Matts pour l’ensemble de son oeuvre.
Finalement, la pluie attendue ne s’est pas présentée ce vendredi au Square Bayard... A la place, nous avons reçu une avalanche de décibels et un déluge de frissons à l’idée du menu gargantuesque qui nous attend ce samedi du côté de la Plaine de la Macérienne : Lambrini Girls, Wolfmother, The Inspector Cluzo, Rise of The Northstar, Kennyhoopla, Dropkick Murphys, Enhancer, LANDMVRKS, Sleep Token, Skip The Use et bien sûr le grand retour de Cypress Hill… Juste énorme. Vivement demain !
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