Un an après une édition 2022 record qui inaugurait un format à 5 jours, nous voici de retour dans le pays d’Arthur pour le principal événement culturel en terres carolomacériennes : le Cabaret Vert. Un festival qui, pour sa 17ème édition, nous réserve quelques surprises en terme d’organisation puisqu’un réagencement de la partie haute de la plaine de la Macérienne a été effectué cette année par l’équipe du festival.
Exit la scène Razorback - dédiée aux musiques les plus « bruyantes » - à gauche de l’entrée du site. Dorénavant, celle-ci se trouve au fond de la plaine en contrebas, proche du pont sur la Meuse permettant d’accéder à la Greenfloor. La boutique, quant à elle, a également déménagé dans des préfabriqués à côté de l’espace Médias, ce qui fluidifie la circulation et permet aux diggers les plus acharnés de ramener un souvenir après être allés fouiller dans les bacs de la Plaque Tournante. De plus, les amateurs de reggae et de dub, parfois frustrés sur les éditions précédentes, pourront se targuer d’avoir désormais une scène qui leur est entièrement dédiée, la bien nommée « Zion Club ».
Si nous avons boudé la journée du mercredi du fait d’une programmation ne correspondant pas à nos attentes (hormis les californiens de Scowl), celle de ce jeudi nous remplissait d’espoir. Dès notre arrivée, l’effet nostalgie joue à plein avec le folk rock des messins de The Yokel, dont les mélodies entêtantes et les rythmes entraînants nous ramènent dans l’Ouest américain à un autre siècle. On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière ! The Yokel a tapé fort, très fort, comme le soleil de cette fin d’après-midi.
Régulièrement placé sous le signe de l’avant-garde et de la découverte, le Cabaret Vert nous montrera que sa réputation n’est en aucun cas usurpée puisque, tandis que les messins de Oi Boys font transpirer frénétiquement les spectateurs de la scène Razorback avec leur punk rock un peu chelou, Julien Sauvage et son équipe nous sortiront une nouvelle fois une pépite dont ils ont le secret avec la jeune galloise Hannah Grae qui, avec son lyrisme inspiré de la pop et son énergie puisée dans le grunge, nous narre les tracas de la Génération Z avec talent et propose une belle catharsis pop punk qui donne de la force et du courage à un public des Illuminations encore un peu timoré. Même Spiderman sera de la fête pour l’occasion…
Puisqu’il était annoncé que ce jeudi les femmes seraient à l’honneur en terres carolos, le premier temps fort de notre festival s’avance à l’heure de l’apéro : le set des australiens d’Amyl & The Sniffers. Porté par la fougue et l’énergie contagieuse de la charismatique Amy Taylor, le quatuor éparpille façon puzzle, disperse, ventile un public de Zanzibar, emballé tant par la performance scénique exceptionnelle de la frontwoman que par le post punk hargneux craché par les instruments de ses « Renifleurs ». Une demoiselle à ma gauche tient fièrement une pancarte “We Love Amyl And The Sniffers”. Difficile de lui donner tort et l’Australienne nous le rend bien.
Nous avons à peine le temps de souffler car, tandis que les rappeurs américains de R.A.P. Ferreira tentent de surnager devant une audience clairsemée sur Razorback, le grime punk vénéneux de Bob Vylan vient en remettre une couche et met KO les Illuminations. Ensuite, ce sont les années 2000 qui s’invitent sur Zanzibar avec le punk hardcore des américains de Turnstile, qui déploient des tonnes d’énergie, même si l’on regrettera le côté un peu stéréotypé du set, qui manque cruellement de spontanéité. Néanmoins, Turnstile a largement fait le job et a déclenché les premiers circle pits de cette édition. “C’était quand même bien furieux” me glisse mon voisin de droite. Pas mieux.
Chacun(e) sera prié(e) de choisir son camp pour commencer la soirée : post-punk minimal et brutal chez Sleaford Mods sur Illuminations ou metal millénaire avec Arka’n Asrafokor sur Razorback. Si nous avons été littéralement séduits par la musique des togolais, entre tradition et modernité, d’aucuns ont été relativement déçus par les premiers morceaux joués par Andrew Fearn & Jason Williamson, qui ne retranscrivaient pas forcément sur scène la poésie du désespoir dépeinte sur disque par Sleaford Mods.
Pendant ce temps, d’autres faisaient la fête avec des Black Eyed Peas sur lesquels le temps - et les séparations - ne semble avoir aucune prise. En 1 petite heure et quart, Will I Am et ses complices feront guincher Zanzibar en déroulant l’intégralité de leurs tubes, de “Pump It” à “The Time (Dirty Bit)”, sans oublier “I Gotta Feeling” et “Don’t Stop The Party”. Et puisque nous n’avions aucune envie d’interrompre la fête après cela, certains choisiront d'aller boire un verre à l'Excelsior, où festivaliers et bénévoles se déhanchent au son des tubes d'hier - et d'aujourd'hui ! - tels que "Smells Like Teen Spirit", "Take Me Out" ou "Tick Tick Boom", tandis que d'autres enchaîneront avec le punk alternatif de Yungblud, dont les fans avaient investi la plaine de la Macérienne dès les premiers rayons de soleil. A notre grande surprise, nous avons apprécié la prestation de Dominic Harrison et ses comparses, qui dispensent une vraie énergie scénique malgré une volonté d’aller sans cesse dans la surenchère qui nuit un peu à l’expérience.
« Chacun sa mafia, chacun sa mifa »… Pour clôturer cette belle journée et prolonger un peu le plaisir, la jeune garde franchira la Meuse - et non le Rubicond - pour s’enjailler au son de la diva électro Paula Temple sur la Greenfloor, tandis que les plus âgés reprendront une double dose de décibels avec le post-punk viscéral, névrotique et cathartique des anglais de DITZ, porté par une basse grasse digne des Viagra Boys et, surtout, un Cal Francis au chant grimmé en femme et toujours aussi déjanté. Il est désormais temps de rejoindre nos pénates ardennaises car, comme le chantait Will I Am quelques heures plus tôt sur Zanzibar, « tonight's gonna be a good night ». Oui décidément, ce soir aura vraiment été une belle nuit !
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