INTERVIEW - The Psychotic Monks : « Ce nouvel album a été un véritable exutoire pour nous... »
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| Credits Photo : © Ben Pi |
Il y a une sensibilité commune qui, depuis 2015, réunit les 4 membres de The Psychotic Monks. En perpétuelle découverte, s’enivrant d’expérimentations, ils nourrissent une révolte qui prend forme sur scène, s’y transforment. Se mêle à la révolte le fantasme d’un frisson autre, la recherche d’un exutoire collectif, à travers la musique.
The Psychotic Monks sont une machine créative qui ne cesse de monter en régime. Les Audoniens ne cessent de nous impressionner par leur maturité et leur détermination à proposer une présence scénique et discographique singulière. C’est incontestable depuis 2017 et la sortie de leur 1er album “Silence Slowly and Madly Shines”, suivi 2 ans plus tard par l’imparable “Private Meaning First”. Refus de la facilité et remise en question permanente sont les secrets de ce groupe parisien au sein duquel tout le monde écrit, chante et compose.
Fruit de longues improvisations en studio, et produit par Daniel Fox, bassiste du groupe irlandais Gilla Band, leur nouvel album, l’audacieux “Pink Colour Surgery”, sorti début 2023 garde lui aussi ses distances avec le formatage habituel pour mieux provoquer la curiosité de l’auditeur, et se rapprocher d’une radicalité accueillante, presque dansante. Avec eux, il ne faut pas forcément s’attendre au format “chanson”, mais bien à un chaos sonore dont le groupe a dompté les folles envolées pour en faire un écrin sans concession, mais où chaque idée a trouvé son propre espace de liberté. L’envie de surprendre est aussi un des points forts du groupe et leur désir de pousser à la curiosité est bel et bien là. Vivre leur musique est alors une expérience intime, sensorielle, dont on reçoit la déflagration encore longtemps après.
Incontestablement, dans le son et l'attitude, leurs concerts sont parmi ce qui se fait de mieux actuellement. Un succès bien mérité pour ce groupe français dont le guitariste Martin et le bassiste/claviériste Paul ont accordé une interview à Manu quelques minutes avant de mettre à ses pieds l’exigeant public du Cabaret Vert…
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
Rock Alternative Show : Salut les Psychotic Monks, pouvez-vous nous présenter le projet en quelques mots svp ?
Paul : Salut ! Je dirai que c’est un projet qui se veut collectif, avec 4 personnes sur scène. Il y a aussi de nombreuses personnes qui travaillent autour pour que nous puissions nous produire sur scène et faire des disques. On essaie de faire vivre notre musique le plus possible en France, mais aussi à l’international si on en a la possibilité. Il y a Clément à la batterie, au chant et au synthé, Arthie à la guitare et au chant, Martin à la guitare et au chant et moi au synthé, au chant et à la basse.
RAS : Quel trait de caractère est indispensable pour faire un bon Moine Psychotique ?
Martin : Je dirai l’honnêteté, la sincérité. C’est ce que l’on essaie de mettre le plus dans la musique que l’on fait. On essaie également d’être cohérents par rapport à nos idées et de ne pas faire de concessions artistiquement.
RAS : Quel qualificatif utiliseriez-vous pour caractériser votre musique ?
M : Ca peut paraître un peu « bateau » mais je dirai qu’elle est très « mouvante ». Je crois que c’est un qualificatif qui nous sied bien (rires).
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| Credits Photo : © Marylène Eytier |
RAS : On avait eu l'occasion de vous voir il y a quelques années en 1ère partie de Last Train à la Laiterie (Strasbourg) en 2017 et de Wand à la Cartonnerie (Reims) en 2018, ainsi qu’au Trabendo (Paris) en 2019. A quel niveau pensez-vous avoir évolué depuis ?
M : Musicalement, je pense qu’on a beaucoup évolué. La démarche est vraiment globale. L’époque dont tu parles c’est celle où on a commencé à faire ce type de concerts. C’était le début des grosses tournées, faire des 1ères parties. En fin d’année 2018, il y a eu les Transmusicales de Rennes, qui ont marqué un tournant dans notre carrière. En 2019, on a vécu des choses très intenses sur une énorme tournée. C’était quelque chose que l’on voulait faire depuis les débuts du groupe mais ça nous a ouvert les yeux sur énormément de choses.
Juste derrière, il y a eu les 2 années où tout le monde du spectacle vivant, de la musique, était à l’arrêt. On en a profité pour faire une sorte d’état des lieux (où on était, comment on se sentait…). On a eu aussi une prise de conscience sur la nécessité de prendre soin de nous dans ce milieu, de prendre soin les uns des autres, de veiller à maintenir une harmonie au sein du groupe. Et surtout, on a réfléchi à la façon dont on voulait faire évoluer cette musique que l’on est allé jouer le plus possible pendant 2 ans et demi.
Très vite s’est imposée la volonté de travailler sur un nouveau disque, mais de façon différente, parce que c’était la première fois où l’on pouvait travailler sur un disque sans avoir de concerts en parallèle. Auparavant, on était tout le temps sur la route. Donc la conception de ce nouvel album, elle est vraiment faite différemment, on s’est senti très libres d’essayer énormément de choses, de partir très loin dans certaines expérimentations. On voulait vraiment se détacher aussi de l’esthétique typique des groupes de rock, post-punk, très dark, pour proposer quelque chose de beaucoup plus dansant, dans une esthétique différente, avec des éléments de musique électronique. On reste conscients que ça peut être perçu comme quelque chose de particulier mais, comme je l’ai dit tout à l’heure, on a vraiment voulu continuer à être honnêtes dans ce qu’on avait envie de proposer.
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| Credits Photo : © La Face B |
RAS : Pour être franc, on a mis un petit moment à rentrer dans ce nouvel album, “Pink Colour Surgery”. Avec le recul, on se rend compte que la démarche artistique est vraiment intéressante, en cherchant à bousculer les pré-établis, mais c’est - à mon sens - un disque qui a besoin d’être « digéré »…
P : C’est un retour que l’on a beaucoup eu et on trouve ça intéressant parce que ça incite à se remettre en question. On voit ça surtout comment une invitation à venir découvrir ce que l’on propose en live parce qu’on a une démarche où on essaie de faire vivre une expérience un peu différente. Quand on disait qu’on ne faisait pas de concessions, qu’on essayait de rester honnêtes, on va par exemple retirer de notre set live les morceaux que l’on n’a plus envie de jouer, même si ce sont des morceaux qui nous ont définis pendant un temps et sur lesquels les gens peuvent parfois nous attendre. On va être honnêtes et jouer des morceaux que l’on ressent vraiment, plutôt que de faire ceux qu’on a joués 500 fois et que l’on n’a plus forcément envie de jouer.
RAS : On en a déjà un petit peu parlé mais quelle est la place du live dans le projet ? Est-ce que la retranscription scénique conditionne tout ou partie de l'écriture ?
M : Tout part de là dans la mesure où la composition pour cet album, elle s’est fait vraiment à 4 dans un studio. On est parti d’heures entières de jams. On est parti de rien du tout. On lançait le «Rec » - NDLR : « Rec » pour « Recording », « Enregistrement » en anglais - on se laissait aller et on enregistrait 1h15 de musique. Avec le recul, on se dit que ça a été notre exutoire en cette période sans concerts. On se retrouvait à travers cette pratique, ça avait du sens pour nous de fonctionner comme ça. Il y a vraiment cette dimension live, qui est essentielle.
Il y a ensuite une 2ème phase, dans la composition, où on arrête de se poser la question de comment on retranscrira ça en live et on met toute notre énergie dans l’assemblage des morceaux, relever les jams que l’on a faites, composer vraiment les morceaux. Et dans un 3ème temps, une fois que l’on a enregistré les morceaux, on se pose la question de comment les jouer en live. Après, de toute façon, tous nos albums sont enregistrés « live » et on finit par se retrouver dans une forme d’arrangement où ce que l’on entend, c’est à 90% ce que l’on a joué tous les 4 dans la pièce. Et après, on rajoute quelques petits trucs.
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| Credits Photo : © Listnup |
RAS : Justement, ce nouvel album, "Pink Colour Surgery", a été produit par Daniel Fox, le bassiste de Gilla Band. En quoi a-t-il influencé le son du disque ?
P : En vrai, ça a été assez fluide. On s’est vite aperçus qu’on avait les mêmes références, les mêmes influences et il a été force de propositions sur un certain nombre de choses au niveau du son. Et il est aussi parvenu à trancher entre nous, parce que parfois, les avis ou les aspirations divergent et c’est toujours plus facile d’avoir une personne extérieure, moins impliquée émotionnellement, à qui se référer pour arbitrer ce type de choix. Vu que Daniel fait partie de Gilla Band, il connaît bien ces problématiques de groupe. Du coup, il a vraiment été de très bon conseil avec nous.
M : Il a su avoir le bon recul pour nous conseiller…
P : Oui c’est ça. Il nous a aussi beaucoup aidé à choper confiance sur le fait de ne pas faire 15 prises du même morceau, ou de chercher le truc parfait. Il était vraiment en mode « OK les gars, on a fait 3 prises. Ne vous en faîtes pas, on a tout ce qu’il faut ». Ça a été vraiment très fluide avec Daniel.
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| Pochette de "Pink Colour Surgery" (2023) |
RAS : Si l'on vous dit que ce nouvel album frappe par sa radicalité, est-ce ce vers quoi vous tendez ?
P : Il y a des opinions un peu différentes sur la radicalité, parce que ça peut vite se transformer en arguments qui pourraient être utilisés contre nous… On a eu envie de politiser un peu le propos aussi, de s’engager. Du coup, c’est une étiquette dont on se méfie. Et en même temps, c’est important de s’accaparer ce disque et si c’est perçu comme « radical », pourquoi pas si c’est pour marquer le fait qu’on a osé prendre des décisions tranchées, comme le choix de la pochette par exemple… On avait envie de pousser la démarche à fond. En ce sens, on comprend que ça puisse être perçu comme tel.
RAS : Vous êtes unanimement considérés comme l'un des plus grands groupes de live actuels. Quelle expérience souhaitez-vous offrir à votre public ?
M : On essaie de faire en sorte qu’il se passe quelque chose sur le moment, essayer d’être les plus bienveillants possibles et de proposer une expérience qui se base sur le partage, où on se met vraiment au même niveau que le public et de créer un moment qui se passe le mieux possible. On est pleinement conscients que sans le public, nous ne sommes pas grand chose. Quel que soit l’endroit où on se trouve, que ce soit un gros festival ou un tout petit club devant 25 personnes dans un pays où personne ne connaît notre nom, on essaie de transformer quelque chose et de proposer, malgré la radicalité de la musique, une expérience la plus « invitante » possible. On est là avant tout pour le public, et être bienveillants est capital parce qu’on peut vite se renfermer dans une démarche du type « on fait de la musique chelou, on pose notre truc. Si ça plait, tant mieux. Sinon, on s’en moque ».
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
RAS : Cette bienveillance a toujours été essentielle chez vous. Je me souviens du concert au Trabendo en 2019, où il s’était passé des événements qui n’ont rien à faire dans une salle de concert. Votre réaction sur l’instant, mais aussi a posteriori, avait été vraiment remarquable, je trouve…
M : Ça a été un vrai événement pour nous ce concert. Ça a complètement modifié notre rapport aux concerts, ça a lancé quelque chose… On n’aborde plus les choses de la même façon aujourd’hui.
RAS : Dernière question : si on vous propose de venir parler du projet en détail dans notre émission, le Rock Alternative Show, ça vous intéresse ?
M : Avec plaisir !
P : Ouais, à fond ! C’est où ? (rires)
M : Bien sûr, avec grand plaisir. On prendra le temps de discuter plus en longueur…
RAS : Merci beaucoup d'avoir accepté de me répondre pour le Rock Alternative Show et Stone Rock Radio…
M & P : (en choeur) Vraiment, merci beaucoup à toi, c’est cool ! Et à tout à l’heure du coup… (cette interview ayant été réalisée avant leur show au Cabaret Vert)
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
Propos recueillis par Manu le 20 Août 2023 dans le cadre du Festival du Cabaret Vert
Je souhaiterais remercier de tout cœur Martin & Paul, qui ont été d’une grande gentillesse, ainsi que les attachés de presse, notamment Aline, pour leur soutien indéfectible et leur bienveillance. Merci infiniment !
Bibliographie : Vicious Circle / Cabaret Vert / France Info / Mowno
Manu, pour le R.A.S. & Stone Rock Radio











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