Sorti un... 3 Mars : "Master of Puppets" de Metallica (1986, Elektra Records)
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| Credits Photo : © Pinball Custom |
1986 restera une année faste pour les disciples du Thrash Metal. En effet, tandis que Slayer sortait le brutal et radical “Reign in Blood” le 20 octobre, les Californiens de Metallica avait « ouvert » l’année en publiant le 03 mars 1986 chez Elektra Records leur 3ème album studio, intitulé “Master of Puppets”.
Unanimement considéré comme l'un des plus grands albums de metal de tous les temps, “Master of Puppets” a permis aux 4 Cavaliers de l’Apocalypse (James Hetfield, Kirk Hammett, Cliff Burton & Lars Ulrich) de passer du rang de musiciens populaires à celui d'icônes. Enfant du mouvement thrash de Bay Area, né de la fusion des riffs metal et de l'énergie punk, Metallica parvient dans ce disque à donner une importance croissante à la mélodie, ce qui apporte à ces nouvelles compositions une beauté brute et poignante non dénuée de conscience sociale.
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| Credits Photo : © Michael Ochs |
A la découverte de ce 3ème effort, on constate qu’on ne change pas une équipe qui gagne, ou plutôt une méthode qui a fait ses preuves… En effet, si son prédécesseur, “Ride The Lightning” en 1984, s'ouvrait sur un morceau imprégné de paranoïa nucléaire, “Fight Fire With Fire”, ce 3ème opus débute quant à lui par “Battery”, véritable célébration de la destruction comme force libératrice. Globalement, ces 2 albums suivent une structure similaire : une intro acoustique, un 1er titre speed très percutant, la piste-titre en 2ème position, immédiatement suivie par un titre plus lent, sévèrement burné et lourd - ici, “The Thing That Should Not Be” - et une semi-ballade, “Fade To Black” pour “Ride The Lightning” et “Welcome Home (Sanitarium)) pour ce “Master of Puppets”, sans compter le morceau instrumental de fin de disque (“The Call of Ktulu” en 1984 & “Orion” ici). Une structure que l’on retrouvera également 2 ans plus tard sur “... And Justice For All”.
Le metal a souvent été considéré comme la musique de combat des opprimés, comme le fut la soul américaine dans les années 1960 et comme le sera le hip-hop quelques années plus tard. Dans ce disque, Metallica nous parle donc de contrôle et de domination, mais aussi des effets néfastes lorsque ceux-ci sont exercés par des personnes mal intentionnées. Ainsi, sur la piste-titre, James Hetfield nous alerte sur les ravages de l’addiction, un fléau qu'il allait bientôt connaître intimement. À travers son rythme effréné et ses passages déchirants, durant lesquels le bassiste Cliff Burton a créé une symphonie mentale distordue, les appels à la raison d’Hetfield ne sonnent pas comme ceux de quelqu'un qui prend conscience de son état lamentable, et encore moins comme une fable morale. A travers son cri du cœur du refrain - « Master ! Master ! » - le chanteur met en lumière une forme de servitude exacerbée par l’usage de la drogue.
Au milieu de l’album, “Disposable Heroes” et “Leper Messiah” explorent l'illusion du contrôle à travers des thèmes plus conventionnels, la guerre pour le premier cité et le danger représenté par les évangélistes sur le second. Mais ce qui est remarquable sur ce disque, c’est que Metallica a adopté des structures plus complexes sans pour autant se diluer. En effet, il gagne en accessibilité tout en se complexifiant.
« Un disque fruit d’une audace teintée d’idéalisme »
La beauté et la sauvagerie de cette oeuvre est parfaitement illustrée par les 2 derniers morceaux, l’instrumental “Orion” et “Damage Inc.”. Ces deux titres ont été co-écrits par Cliff Burton, scellant ainsi un héritage qui plane encore sur Metallica 4 décennies plus tard. Son apport est véritablement exceptionnel sur “Orion”, où leur thrash metal se déploie comme un ballet, mêlant tendresse et majesté. Plus apocalyptique que ne l’était “Fight Fire With Fire”, “Damage Inc.” clôt ensuite l'album comme “Battery” l'ouvrait : un carnage effréné, un feu purificateur et nécessaire. Plus proche du contraste que de la fusion, le morceau remplit néanmoins un objectif clair : sublimer le metal.
A l’écoute de ce disque, il devient évident que même si James Hetfield est incontestablement l’un des meilleurs guitaristes rythmiques de metal, capable d’allier une vitesse de jeu fulgurante avec une précision et une puissance impressionnantes, la composition Hetfield-Hammett-Burton-Ulrich était l'une des rares formations du genre où chaque membre était absolument indispensable. James Hetfield était le ciment qui unissait tous les autres, le socle de la virtuosité de Cliff Burton et des solos hurlants de Kirk Hammett.
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| Credits Photo : © Prime Video |
Lorsque l’on prend connaissance des déclarations du groupe avant la sortie de “Master of Puppets”, il devient évident que ses membres étaient assez dingues pour penser qu’ils étaient capables de surpasser “Ride The Lightning”. Et le plus fou, c’est qu’ils y sont parvenus avec “Master of Puppets”... Cette ambition est probablement ce qui distingue Metallica du reste de la scène thrash, capable de créer plusieurs albums emblématiques de suite.
Si la structure de cet opus ne présente qu’une faible évolution par rapport à son prédécesseur, ce disque est incontestablement le fruit d'une audace teintée d'idéalisme, est l’aboutissement d’un cycle entamé sur “Kill’ Em All” et a propulsé Metallica au sommet de son art. Gorgé de chansons parfaitement maîtrisées et construites avec subtilité, “Master of Puppets” n'est pas seulement un album rempli de riffs tenant du génie ou de soli démentiels. C'est aussi une oeuvre philosophique et un disque qui restera gravé à jamais dans les annales, tant par sa virulence que par ses mélodies et ses chansons devenues de véritables hymnes. Si “Ride The Lightning” était déjà un disque impérial, “Master of Puppets” touche à la perfection.
Tracklist :
1. Battery (5:12)
2. Master of Puppets (8:35)
3. The Thing That Should Not Be (6:36)
4. Welcome Home [Sanitarium] (6:27)
5. Disposable Heroes (8:16)
6. Leper Messiah (5:39)
7. Orion (8:27)
8. Damage Inc. (5:32)
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| Credits Photo : © Fin Costello |
Bibliographie : Pitchfork & Metalorgie
Manu, pour le R.A.S.








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