Sorti un... 12 Mars : "Out of Time" de R.E.M. (1991, Warner Bros. Records)
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| Credits Photo : © Getty Images |
A la fin des années 1980, R.E.M. n'était qu’un petit groupe de « gamins » à peine sortis de la fac qui, après plusieurs années de succès underground, parvient enfin à toucher le grand public avec le titre “The One I Love” en 1987. Puis, suite à sa signature chez Warner Bros. Records en 1988, il commence à s'engager sur le plan politique et environnemental, tout en accroissant son audience. Au début des années 1990, avec l’émergence du rock alternatif, la popularité de R.E.M. explose avec un album qui le propulsera au sommet des charts…
En effet, il y a 35 ans, le 12 mars 1991, sortait un album incontournable, dont les plus grands titres sont encore diffusés quotidiennement en radio, ce qui n’est pas une mince affaire pour un groupe de rock comme R.E.M. : “Out of Time”. Un album qui, s’il figure parmi les 2 plus gros succès commerciaux de Michael Stipe et ses compères, marque surtout par une identité sonore qui se démarque du son originel du groupe. Avec “Nevermind” de Nirvana, sorti 6 mois plus tard, “Out of Time” représentait l'idéal auquel aspiraient toutes les grandes maisons de disques dans leur frénésie de conquête des artistes indépendants au début des années 1990 : un succès planétaire qui a décuplé la popularité du groupe sans mécontenter les fans de la première heure.
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| Credits Photo : © The Guardian |
Pourtant, “Out of Time” est un album atypique dans la discographie de R.E.M., même si, à vrai dire, on pourrait en dire autant de presque tous les albums sortis par le groupe durant cette période. Épuisé par une année de tournée, le groupe délaissa en grande partie les guitares électriques pour explorer d'autres instruments, notamment la mandoline. Peter Buck affirmait d'ailleurs qu'il était encore en train d'apprendre à en jouer lorsqu'il trouva par hasard le riff de “Losing My Religion”. Trente-cinq ans plus tard, ce single reste le morceau pop le plus abouti jamais composé par R.E.M., et ce n'était pas un hasard. Le clavecin mélancolique de l'autre grande ballade de l'album, “Half a World Away”, est presque aussi envoûtant, tandis que “Near Wild Heaven”, avec son énergie digne des Beach Boys, est d'une beauté et d'une générosité presque bouleversantes. L'album entier regorge de violons et de violoncelles, révélant une palette sonore et une sophistication qu'aucun de leurs disques précédents n'avait même laissé entrevoir.
Bien sûr, “Out of Time” est autant connu pour son audace stylistique que pour son élégance. C'est notamment l'album qui contient “Country Feedback”, l'expression de remords la plus brute que le groupe ait jamais enregistrée. La musique y est complètement hypnotisante avec ses accords qui tournent en boucle, les cordes de Peter Buck et Michael Stipe habité au possible... Ce n'est pas la chanson préférée de ce dernier pour rien. Mais cet effort est également celui qui renferme l’enjoué “Shiny Happy People”, un morceau connu de toutes les générations que - pourtant - de nombreux fans inconditionnels de R.E.M. préféreraient voir disparaître. Mais on y trouve aussi la performance vocale sublime du bassiste Mike Mills sur “Texarkana”, un titre aux sonorités de cordes envoûtantes, ainsi que les choeurs assurés par le rappeur KRS-One sur “Radio Song”, celui-ci hurlant telle la légende du rockabilly Big Bopper sur un riff d'orgue déjanté. Curieusement, le fait d'avoir transformé l'un des rappeurs les plus incisifs de son époque en un clown aussi grotesque reste probablement l'héritage le plus déconcertant de l'album et le symbole de l’extrême liberté du groupe.
Avec “Out of Time”, R.E.M. est passé du statut d'icônes du rock underground à celui de superstars internationales, créant un album qui a enrichi leurs guitares cristallines d'un univers de cordes, de cuivres et de collaborations inattendues. Tout en conservant leur lyrisme introspectif caractéristique, l'album a adopté une tonalité plus sombre et atmosphérique, troquant l'urgence de leurs débuts pour des arrangements riches et complexes qui illustraient bien leur évolution. Si beaucoup ont encore des difficultés à accrocher à la musique de R.E.M., la beauté mélancolique d’un single comme “Losing My Religion” est indéniable et met tout le monde d’accord. C'est une chanson incroyable dont la force réside dans son riff de mandoline envoûtant et les paroles poignantes et énigmatiques de Michael Stipe, qui ont transformé le doute existentiel en un hymne populaire inattendu.
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| Credits Photo : © Michel Linssen |
Même si ce disque n’est évidemment pas exempt d’imperfections, 35 ans après sa sortie, ces légers faux pas seront facilement considérés comme des imperfections propres à l’identité sonore émergente de l'époque. L'album sonne aujourd'hui davantage comme le chef-d'œuvre qu'il semblait presque être à l'époque, une œuvre à la hauteur de sa suite nocturne et universellement reconnue, “Automatic For The People” en 1992.
« Un disque à l’extraordinaire pouvoir d’attraction, parfaitement en phase avec son époque »
Trois ans après “Green”, un album fondateur pour le quatuor originaire d’Athens en Géorgie, R.E.M. publie ce lumineux “Out of Time”, capturé dans les studios Bearsville de Woodstock, au nord de l’état de New York. Michael Stipe, Peter Buck, Mike Mills et Bill Berry ont pris le temps de peaufiner cette œuvre, en faisant entre autres venir une kyrielle de musiciens additionnels, ce qui tranche de manière profonde avec l'intimité de leurs précédents opus. Et naturellement, cela aboutit à un album plus pop, plus propre, plus léché, sucré même parfois... Qui deviendra rapidement l’un des best-sellers de ce début des années 1990, avec pas moins de 18 millions de copies vendues, un quadruple disque d'or aux Etats-Unis et 3 Grammy Awards… Trente-cinq ans plus tard, ce disque n’a rien perdu de son extraordinaire pouvoir d’attraction. “Out of Time” est la représentation exacte de l'album efficace, en phase avec son époque, et porte toujours admirablement son nom, tant le temps semble n’avoir aucune prise sur cet album intemporel. Une reconnaissance amplement méritée pour un groupe qui creusait son sillon depuis déjà plus de 10 ans.
Tracklist :
1. Radio Song (4:15)
2. Losing My Religion (4:28)
3. Low (4:56)
4. Near Wild Heaven (3:19)
5. Endgame (3:50)
6. Shiny Happy People (3:45)
7. Belong (4:06)
8. Half a World Away (3:27)
9. Texarkana (3:39)
10. Country Feedback (4:09)
11. Me In Honey (4:08)
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| Credits Photo : © Vinnie Zuffante |
Bibliographie : Pitchfork, NME & Gonzo Music
Manu, pour le R.A.S.








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