Si l’on se doutait à l’annonce du line up de cette 18ème édition du Cabaret Vert que la journée du vendredi ne nous réserverait que peu de moments dignes d’intérêt, du fait de la programmation de nombreux rappeurs et artistes à la vacuité musicale consternante, nos craintes ont hélas été confirmées. On se demande vraiment ce que Kaaris, SCH ou encore Ninho (entre autres) viennent faire en Ardenne, tant ils sont aux antipodes des valeurs que les organisateurs veulent mettre en avant. Mais comme il faut bien manger et attirer un public plus large et plus jeune, nous pardonnerons à Julien Sauvage et son équipe cette faute de goût.
Heureusement, au milieu du marasme ambiant, quelques éclaircies sont venues jalonner cette journée pour laquelle on peinait à s’enthousiasmer avant l’entrée sur scène des Américains de Nation of Language, qui ont livré sur Razorback un set solide comme à leur habitude. Puis ce fut au tour des nord-irlandais de Chalk de nous tirer les premiers frissons de la journée. La bande du furieux Ben Goddard nous enchante avec un post-punk viscéral allié aux rythmes et sons machiniques de la musique industrielle. C’est délicieusement bruitiste, parfois quasi inaudible, et ça nous rappelle les fantastiques DITZ ou, plus proches de chez nous, les audoniens de The Psychotic Monks. Une bien belle claque ! Puis, histoire de mettre un peu de légèreté et de gaieté dans cette journée qui s’achève pour nous, nous n’oublions pas d’aller applaudir les rémois de Chester Remington, qui clôturent sur Razorback. Avec leur mélange détonnant de pop, de grunge, de garage, de surf et de plein d’autres ingrédients secrets, Odilon Horman et ses acolytes parviennent à combiner l’excitante superficialité des rengaines pop avec les aspérités inconfortables de l’indie rock.
Venus en voisins avec leur fan club bruyant et passablement dissipé, les 5 rémois ont distillé une performance énergique, endiablée et terriblement rock. Voilà de quoi nous redonner foi en l’humanité et nous permettre d’aller nous coucher avec le sourire en perspective des 2 derniers jours qui s’annoncent bien plus chargés que ce vendredi largement dispensable pour tout amateur de musique à guitares. Tandis que SCH libère sa logorrhée nauséabonde sur Zanzibar, nous regagnons nos pénates en réfléchissant à cette épineuse question : après l’arrêt de l’alcool et de la drogue, Pete Doherty est-il soluble à la pluie ardennaise annoncée ? Réponse ce samedi…
Déjà le 3ème jour pour cette 18ème édition du Cabaret Vert… Et comme le prédisait Météo France, une invitée de dernière minute a fait son apparition : la pluie. Mais pas de quoi entamer le moral et les ardeurs locales… Festivaliers comme bénévoles rivalisent d’ingéniosité pour apprivoiser le terrain qui s’est transformé en gigantesque bourbier et tout se passe - comme toujours - dans la joie et l’allégresse.
Après une entrée en matière robuste assurée par les locaux de June, qui échauffent merveilleusement le public de Razorback avec leur metal aux riffs de guitare incisifs, aux solis virtuoses et au chant mélodique, place au post-punk désabusé et vindicatif des strasbourgeois de Contremeute porté par une guitare obstinée et impulsive. Les cloches de Notre Dame de l’Apéro sonnent à peine l'heure de s’hydrater que c'est au tour des canadiens de METZ d’entrer en action, toujours sur Razorback. Le temps d’une petite heure, Alex, Hayden et Chris nous livrent un set musclé, aux confins du punk et du grunge, une splendeur de la fureur punk la plus brute faite de guitares acérées et malmenées, de percussions apocalyptiques et de riffs décapants d’une efficacité diabolique.
Il est maintenant temps de profiter du point d’orgue de cette journée avec les légendes britanniques de The Libertines. Un set qui suscitait autant l'enthousiasme et la curiosité qu’il soulevait de questions à la découverte du line up du festival. Dès les premières notes d’un concert joué intégralement sous une pluie diluvienne so British, le public est fixé. On sait recevoir quand même au Cabaret Vert… allant jusqu’à anticiper la météo pour que Pete Doherty et Carl Barat se sentent comme à la maison. Malgré les interrogations suscitées par l’arrêt de la drogue et de l’alcool de Pete Doherty, l’exigeant public du Cabaret Vert a eu droit à du grand Libertines ce samedi soir. Manifestement impatients d’en découdre, les 4 compères - renforcés par un musicien d’appoint sur certains titres - enchaînent les tubes comme certain(e)s enfilent les perles, sans pour autant délaisser certaines des plus belles chansons de leur dernier album sorti récemment.
Portés par un Gary Powell toujours aussi puissant et précis derrière ses fûts, par un Pete Doherty qui ne semble pas trop souffrir de ses excès passés et par un Carl Barat en métronome discret de l’ensemble arborant une casquette en tweed très anglaise dans le style, les Libertines nous ont ramené plus de 20 ans en arrière, concluant le set par les incontournables “Can’t Stand Me Now” & “Don’t Look Back Into The Sun”. Un concert au charme infini loin de la standardisation actuelle. L'émotion était là, et pas que pour la nostalgie. Ce samedi soir, c’était “Time For Heroes” sur Zanzibar.
Enchaînant ensuite par les riffs lourds, les mélodies accrocheuses et l’énergie scénique brute sensationnelle des américains de Red Fang, nous ne pouvons qu’apprécier notre soirée. « Chacun sa Mafia, chacun sa Mifa », 2 tendances s’opposent pour terminer en beauté cette soirée : rap historique et électro chatoyante ensuite sur Zanzibar avec successivement la Fonky Family, Justice et Vladimir Cauchemar, tandis que les amateurs de gros son privilégieront le punk agressif, artistique et politique - aux confins du hardcore - des britanniques de High Vis, suivi du metalcore aux voix inhumaines de Born of Osiris sur Razorback. Une bonne préparation pour ce qui nous attend demain avec Hotwax, Nova Twins, Mass Hysteria, Korn ou encore Shaka Ponk. Allez, une cacasse à cul nu, un burger ardennais et au lit ! Car demain, pour la dernière journée… ça va être la guerre !
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