Live Report : Festival du Cabaret Vert / J1 - Jeudi 15 Août 2024

Credits Photo : © T. Gérard pour DarkRoom

Après 2 années post-COVID où le public a pu bénéficier d’éditions “rallongées” avec un format à 5 jours, le Cabaret Vert a de nouveau surpris en revenant à un format plus traditionnel pour lui à 4 jours, plus en phase avec les exigences organisationnelles et financières souhaitées par l’équipe pilotée par Julien Sauvage. Un festival qui, pour sa 18ème édition, a également complètement bouleversé l’agencement du suite afin de proposer une expérience construite autour de la Meuse et de permettre d’augmenter sa jauge car, au fil des années, le Cabaret Vert a confirmé son statut d’événement majeur dans le paysage culturel français, voire même européen. Car, faut-il le préciser, celui-ci est idéalement situé au carrefour de plusieurs pays, ainsi que de plusieurs tendances musicales.

D’ailleurs, c’est la première chose qui nous frappe durant le trajet qui nous mène du parking à l’accueil du festival : rarement autant de langues différentes ont été entendues dans les allées du festival carolomacérien. Le Cabaret s’internationalise et c’est le fruit du travail acharné de l’équipe d’organisation qui parvient chaque année à attirer de belles têtes d’affiche, tout en permettant à ses fidèles de découvrir les groupes et artistes qui feront la tendance dans les prochains mois.

Credits Photo : © T. Gérard pour DarkRoom

Si le plaisir de nous rendre à ce rendez-vous incontournable de notre calendrier reste intact, évacuons de suite ce qui fâche : si le fait de centrer les animations autour de la Meuse afin de fluidifier la circulation et de diversifier l’expérience proposée au public peut sembler une bonne idée de prime abord, de nombreux ajustements seront nécessaires afin d’éviter les longues files d’attente à l’entrée du site et de réduire le temps de trajet pour accéder au site, malgré la mise en place de navettes gratuites entre les différents campings et le festival. En effet, nombreux sont ceux qui se plaignaient ce jeudi d’un fléchage « perfectible » pour accéder au festival, ainsi que d’un temps de trajet considérablement rallongé par rapport aux années précédentes. Des petits dysfonctionnements qui n’auront sans doute pas échappés à l’équipe d’organisation et qui ne nuisent malgré tout pas fondamentalement à l’expérience proposée.

Côté grandes scènes, on efface tout et on recommence (ou presque). Seule la scène Razorback - dédiée aux musiques les plus « bruyantes » - se trouve toujours en contrebas, au fond de la plaine de la Macérienne, au pied du pont sur la Meuse permettant d’accéder à la Greenfloor. Dorénavant, la (grande) scène Zanzibar ne trône plus sur le stade Bayard mais sur la plaine de la Macérienne à l’endroit exact où les festivaliers arrivaient lors des éditions précédentes. Quant à la scène Illuminations qui verra se produire ce jour des artistes aussi divers que Teddy Swims ou Hugo TSR, elle a été installée dans le stade Bayard, où des tables ont été positionnées dans le fond afin que le public puisse se restaurer dans de meilleures conditions.

Credits Photo : © N. Lambert pour DarkRoom

Si nous avons forcément été déçus par le non remplacement des Queens of The Stone Age (suite à l’annulation tardive liée aux soucis de santé récurrents de Josh Homme), la programmation de ce jeudi nous remplissait malgré tout d’espoir. Dès notre arrivée, nous arborons un large sourire à la découverte de l’indie house pop du trio rémois M.A.O. Cormontreuil, le nouveau projet issu de l’imagination très foisonnante d’Anthonin Ternant, aperçu précédemment du côté des Bewitched Hands ou de Black Bones (entre autres). Un projet un peu barré qui a illuminé notre après-midi avec la voix reconnaissable d’Anthonin, le charme et la grâce naturelle de Marianne Mérillon et l’énergie loufoque d’Odilon Horman, que nous retrouverons ce vendredi avec son projet phare Chester Remington.

Credits Photo : © Manu pour Rock Alternative Show & Stone Rock Radio

Credits Photo : © Manu pour Rock Alternative Show & Stone Rock Radio

Credits Photo : © Manu pour Rock Alternative Show & Stone Rock Radio

Changement de scène pour une nouvelle ambiance avec l’ouverture de Zanzibar confiée au groupe californien Destroy Boys, dont les textes viscéraux et intimes de la chanteuse Violet Mayugba et les instrumentaux lourds d’Alexia Roditis ont conquis les cœurs et les oreilles du public. C’est du punk revendicatif comme on aime. Pour cette ouverture, Destroy Boys a tapé fort, comme le soleil de cette fin d’après-midi.

Premier jour et 1er cas de conscience en perspective pour suivre : punk aux accents irlandais avec Flogging Molly sur Illuminations ou rock indé vrombissant en compagnie de Blondshell sur Razorback ? Pendant que les piliers de la scène punk californienne font flotter un air de Saint Patrick, nous choisissons de profiter des guitares gémissantes et du sens maîtrisé de la mélodie de Blondshell, dont la chanteuse Sabrina Teitelbaum panse les plaies de son âme sur scène pour notre plus grand plaisir. A travers des compositions desquelles un sens inné de l’espoir se dégage malgré leur noirceur, le groupe américain nous a proposé une belle collection de chansons aventureuses et accrocheuses.

Credits Photo : © Florent Mayolet pour DarkRoom

Flogging Molly - Credits Photo : © Vince VDH pour DarkRoom

Blondshell - Credits Photo : © Manu pour Rock Alternative Show & Stone Rock Radio

Blondshell - Credits Photo : © G. Morisset pour DarkRoom

Régulièrement placé sous le signe de l’avant-garde et de la découverte, le Cabaret Vert nous montre ensuite qu’il est aussi capable d’attirer des stars de la musique. C’est avec un plaisir non dissimulé que nous prenons position sur Zanzibar pour assister au récital de la légendaire PJ Harvey. Durant un set mêlant féérie de l’étrange et furie électrique, la reine Polly Jean a littéralement envoûté le public du Cabaret Vert, subjugué par une performance en tous points remarquable. Le maniérisme nimbé de grâce et d’étrange de son interprétation prend tout son sens dans ce décor champêtre du Cabaret Vert et on a le sentiment d’assister à un moment de plénitude rare. Folkeuse de l’intime sur la première partie du set, rockeuse électrique ensuite, la prêtresse du rock nous a confirmé qu’à 54 ans, elle parvient toujours à envoûter avec sa Gibson et sa voix rauque.

PJ Harvey - Credits Photo : © Manu pour Rock Alternative Show & Stone Rock Radio

Après que les lyonnais de Resolve aient affolé les décibels sur Razorback, nous arrivons au second temps fort de cette première journée : le concert des dublinois de Fontaines D.C. Si le Cabaret Vert a une place particulière dans le cœur du groupe, Grian Chatten et ses acolytes l’ont bien rendu à un public hystérique, qui a rugi de plaisir durant une heure. Si nous avons assisté à une demi-douzaine de concerts des irlandais, celui-ci fut indéniablement le meilleur. Si le groupe dans son ensemble a progressé au gré des tournées interminables, le plus grand changement nous vient d’un Grian Chatten déchaîné, qui a travaillé son chant, et a pris une dimension énorme, se grimant, jouant avec le public et l’haranguant. Il est loin le petit gars à la fois teigneux et introverti découvert lors des premiers concerts du groupe. Dorénavant, Fontaines D.C. a un vrai frontman et la qualité des nouveaux morceaux joués ce jeudi soir nous font attendre impatiemment le nouvel album, prévu pour dans une semaine.

Credits Photo : © B. Bartholet pour DarkRoom

Fontaines D.C. - Credits Photo : © Florent Mayolet pour DarkRoom

Tandis que Macklemore fait danser les minots sur Zanzibar, nous restons en Irlande avec les excellents Clockworks, dont les morceaux furieux et tendus illustrent une nouvelle fois l’incroyable vitalité de la scène post-punk britannique et s’inscrivent dans la lignée de leurs glorieux aînés de Dublin. Après une prestation scénique si intense, nous ne manquerons pas d’aller les applaudir en clubs pour prolonger le plaisir. Chacun(e) sera ensuite prié(e) de choisir son camp pour achever cette soirée : techno bruitiste et fantasmagorique avec l’Anglaise Paula Temple sur la Greenfloor ou metal hurlant sur Razorback avec les toulousains de SLIFT. Signé chez Sub Pop Records, le trio français n’a pas failli à sa réputation et nous a proposé durant 50 minutes une expérience d’outre tombe unique, entre doom abyssal et noise apocalyptique. L’Amérique n’a d’yeux que pour les frangins Jean et Rémi Fossat et leur acolyte Canek Flores, et on comprend bien pourquoi à l’écoute de cette blitzkrieg fuzz faites de soli vicieux, de krautrock douché à l’acide et de voix ancestrales. Même Jean-Louis, l’un de nos anges gardiens de la sécurité, sera amusé, voire franchement admiratif, devant les circle pits hystériques déclenchés par la musique viscérale des toulousains.

Macklemore - Credits Photo : © L. Pochet pour DarkRoom

The Clockworks - Credits Photo : © M. Tchakmakdjian pour DarkRoom

SLIFT - Credits Photo : © Florent Mayolet pour DarkRoom

SLIFT - Credits Photo : © Florent Mayolet pour DarkRoom


Que l’on se rassure, malgré les petites critiques précitées relatives à la nouvelle organisation du site, le 18ème lancement de la fusée Cabaret Vert s’est déroulé sans accroc majeur et nous laisse espérer le meilleur pour la suite… Mise en orbite prévue ce dimanche avec la venue (entre autres) des Nova Twins, des furieux de Mass Hysteria, des Monkeys de Shaka Ponk ou de la légende du nu metal Korn. On en salive d’avance…

Credits Photo : © C. Brule pour DarkRoom


Manu, pour le R.A.S. & Stone Rock Radio

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