Album Review : "Sign Of The Times" de Walter Trout (2025, Mascot Label Group)

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On entend souvent parler à tort et à travers d’« instinct de survie » et du « syndrôme du phénix ». Pour Walter Trout, la musique est bien davantage qu’une bouée de sauvetage. En effet, prisonnier d’addictions tenaces qui allaient le conduire à sa perte, le bluesman originaire du New Jersey a vu son existence prendre une nouvelle tournure lorsqu’en 2014, ses fans ont réussi à financer une transplantation hépatique qui lui a sauvé la vie.

Depuis, l’un des guitaristes de blues les plus iconiques de notre temps distille son analyse critique de notre société à travers une discographie aussi compulsive que remarquable, passant du génie inébranlable de “Battle Scars” en 2015 au lourd et sincère “Broken”, publié l’année passée.

Credits Photo : © American Blues Scene

“Sign Of The Times” est ainsi le magnifique 7ème album publié par le Phénix du blues depuis sa résurrection. Fidèle à l'élan inébranlable et à l'énergie débordante qui ont marqué sans doute la période la plus brillante et la plus prolifique de sa carrière acharnée longue d'un demi-siècle, ce disque sonne comme un formidable exutoire pour le septuagénaire.

La tragédie peut être un formidable catalyseur d'inspiration, et Walter Trout nous en livre ici une démonstration magistrale. Doté de compositions audacieuses portées par son jeu musclé et massif et son chant rocailleux, ce nouvel album nous montre que l’ex-collaborateur de John Mayall n’a rien perdu de sa virtuosité, oscillant d’un blues brut et puissant à un blues intense, lent et ensommeillé, sur “Blood On My Pillow”, d’un hard rock presque métal aux chœurs masculins démoniaques créant une tension supplémentaire sur la piste titre à une intensité hurlante, soul rappelant Jimi Hendrix sur “No Strings Attached”.


Mais Walter Trout sait aussi nous offrir des moments de répit aux tempêtes sonores. S’il est désormais plus philosophe, il nous en fait la démonstration avec la joie débridée et le chant pastoral de “Mona Lisa Smile”, une charmante ballade mélodique, authentique et sincère, exaltée par un accordéon, une mandoline et un violon magnifiques, et qui inclut même un doux solo acoustique. Et comme si exprimer sa pureté et ses émotions ne suffisait pas, Walter Trout fait également son examen de conscience dans l’autobiographique “Hurt No More”, revenant sur les souffrances endurées du fait de ses addictions passées à l'alcool et à la drogue. Malgré un sujet pesant, ce morceau est étonnamment dépaysant, avec ses riffs de guitare soul.


Si la lente descente dans le delta de “Too Bad” nous propose un hommage à Sonny Terry et Brownie McGhee, ce titre composé à l'harmonica et à la guitare acoustique témoigne surtout de l’excellence du vieux bluesman dans un format plus doux. On terminera ce disque comme on l’a commencé avec “Struggle To Believe”, un blues-rock féroce, percutant et explosif où la basse résonne, la batterie gronde et la guitare de Walter hurle, tandis que celui-ci crache des paroles enflammées avec une véhémence exponentielle.

« 45 minutes d’angoisse chargée d’émotion, une œuvre à la fois inspirante et terrifiante »

Si nous avons appris une chose de Walter Trout au cours de ses près de 50 ans d'expérience, c'est qu'il ne fait jamais les choses à moitié. De ses premières collaborations avec Big Mama Thornton et John Lee Hooker, à ses longs passages au sein de Canned Heat et à son rôle de Bluesbreaker sous la tutelle de John Mayall, il a appris auprès des meilleurs et des plus résilients du genre.

Tout au long de ce disque gorgé de guitare brute, souvent agressive, et de chansons terre-à-terre forgées par une vie difficile, Walter Trout nous confirme qu’il est passé maître dans un rôle de critique acerbe de notre époque, tout en alimentant l'une des meilleures (et méconnues) discographies du genre, assortie d'un chant rugissant et d'un jeu mordant. Mais le plus impressionnant, c'est sa capacité à créer une oeuvre pertinente, d’une classe folle, portée par la narration et cette propension à transformer nos pensées les plus secrètes en musiques et en textes percutants. En résulte 45 minutes d'angoisse chargée d'émotion, une libération nécessaire, une œuvre à la fois inspirante et terrifiante, à l’image du monde actuel. C’est peut-être ça finalement le plus grand talent de Walter Trout : être à la fois le témoin et le phare de son époque.


La Note du R.A.S. : 8,5/10


“Sign Of The Times” de Walter Trout, LP 10 titres publié le 05 septembre 2025 chez Mascot Label Group

Tracklist :

1. Artificial (4:22)

2. Blood On My Pillow (5:16)

3. Sign Of The Times (5:11)

4. Mona Lisa Smile (4:22)

5. Hurt No More (4:30)

6. No Strings Attached (5:12)

7. I Remember (5:34)

8. Hi Tech Woman (4:46)

9. Too Bad (3:30)

10. Struggle To Believe (6:16)



Credits Photo : © Marco Van Rooijen

Credits Photo : © Dirk Van Den Heuvel


Manu, pour le R.A.S.


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