Sorti un... 02 Novembre : "The Battle Of Los Angeles" de Rage Against The Machine (1999, Epic Records)

Credits Photo : © Danny Clinch

Le 2 novembre 1999, à l'aube du nouveau millénaire, le mythique quatuor américain Rage Against The Machine sort son 3ème album, intitulé “The Battle of Los Angeles”, en pleine campagne pour les élections présidentielles américaines. L’objectif est évidemment double, au-delà de l’aspect purement musical : frapper un grand coup et réveiller une Amérique inconsciente et moribonde. On sait aujourd'hui ce qu'il advint ensuite, l'élection de George W. Bush, les attentats du 11 septembre (avec l'interdiction d'ondes de toutes les chansons du groupe) et l'une des périodes les plus sombres pour la démocratie américaine.

Bien que “The Battle of Los Angeles” soit sorti un an avant l'une des élections présidentielles les plus importantes de l'histoire des États-Unis, les enjeux étaient déjà considérables pour le groupe. Après avoir franchi une nouvelle étape avec leur 2ème album impitoyable, “Evil Empire” en 1996, l'influence rap-metal du groupe a fait des émules et donné naissance à un nouveau mouvement musical, le Nu Metal, dont les figures de proue Korn et Limp Bizkit ont instantanément accédé à une notoriété internationale.

Credits Photo : © Louder

Malgré une popularité sans égale, Rage Against The Machine a refusé sur ce disque, comme sur les 2 précédents, de sacrifier ses ambitions créatives et son éthique. Si le producteur Brendan O'Brien a conservé le son de RATM aussi fidèle et épuré que possible, Tom Morello, en particulier, prend des risques stylistiques intéressants dans ce 3ème effort. Il y a bien sûr les riffs percutants, mais il y a aussi les harmonies à vous donner la chair de poule sur les couplets de “Voice of The Voiceless”, le ton cuivré et clownesque du solo de “Guerrilla Radio”, le feedback rappelant le thème du “Halloween” de John Carpenter et les bruitages de téléphone au début de “Ashes in The Fall”. Et entre les riffs très lourds, Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk se retirent dans une sorte d'espace liminal souvent présent dans la musique électronique, où l'atmosphère se transforme en brouillard et la tension monte. Et lorsqu’ils explosent inévitablement, comme sur “Sleep Now in The Fire”, “Calm Like a Bomb” ou “Guerrilla Radio”, c'est pour aboutir dans un chaos sonore glorieux.


Ces moments de tension et de relâchement sont faciles à trouver tout au long de leur discographie, et bien qu'ils soient particulièrement intenses sur ce disque, ils expliquent en partie pourquoi Rage Against The Machine a parfois été si mal compris. En effet, on ne s’imagine pas des politiciens conservateurs et corrompus comme Ted Cruz, George W. Bush, ou plus récemment J.D. Vance, Elon Musk et Donald Trump déclarer leur amour pour ce groupe, mais bien au contraire combattre ses idées et le rendre responsable du chaos sociétal qui les amènera au pouvoir.


Etablissant - entre autres - des liens entre esclavage, immigration clandestine et système carcéral inhumain, Rage Against The Machine alimente sa musique en puisant dans ses racines révolutionnaires. Une musique inspirée de la scène punk viscérale dans laquelle les membres du quatuor ont grandi, une expression puissante de la lutte, de la résilience et de la résistance des opprimés, afro-américains notamment, face aux injustices et au racisme systémique. En effet, sur cet opus, chaque chanson dépeint une lutte contre l'ancien monde, tout en montrant qu'un nouveau monde est possible.


L’histoire retiendra qu’iI est à la fois étrange et pertinent que “The Battle of Los Angeles” ait été le chant du cygne de RATM, car ils y ont brillamment perfectionné leur formule. Dire que Rage Against The Machine est « au sommet de son art » à l’époque est un euphémisme, tant “The Battle of Los Angeles” illustre l'arsenal de destruction massive du groupe, et bien plus encore. C'est leur album le plus lourd et, paradoxalement, le plus accessible, avec certaines des paroles les plus percutantes et prophétiques qu’ils aient jamais écrites.

Aujourd'hui, plus de 25 ans après, alors qu’un nouveau séisme politique secoue l’Amérique, les idéaux de Rage Against The Machine semblent plus pertinents que jamais. Et si les deux questions centrales de “Guerrilla Radio” étaient finalement bien plus que de simples appels à l'action ? Elles témoignent surtout de la pertinence politique du groupe, de sa vision prophétique, du pouvoir transgénérationnel de sa musique et du fait que la bataille contre le fascisme ne fait que commencer…


“The Battle of Los Angeles” de Rage Against The Machine, LP 12 titres sorti le 02 novembre 1999 chez Epic Records

Tracklist :

1. Testify (3:30)

2. Guerrilla Radio (3:26)

3. Calm Like a Bomb (4:58)

4. Mic Check (3:33)

5. Sleep Now in The Fire (3:25)

6. Born of a Broken Man (4:40)

7. Born as Ghosts (3:22)

8. Maria (3:48)

9. Voice of The Voiceless (2:31)

10. New Millennium Homes (3:44)

11. Ashes in The Fall (4:37)

12. War Within a Breath (3:36)




Credits Photo : © Eric Canto


Bibliographie : Consequence of Sound, Metalorgie & Radio Metal


Manu, pour le R.A.S.


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