Nick Cave & The Bad Seeds @ Accor Arena, Paris / 17.11.2024
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| Credits Photo : © Les InRockuptibles |
Depuis l’annonce il y a plusieurs mois de l’unique date française du Wild God Tour, ce jour du 17 novembre 2024 était coché comme “LE” jour à ne pas manquer pour tous les fans du groupe culte Nick Cave & The Bad Seeds, puisque le légendaire rockeur australien de 67 ans, Nick Cave, et ses « mauvaises graines » jouaient ce dimanche soir pour la première fois de leur carrière dans la plus grande salle parisienne, 2 ans après avoir subjugué le Parc de St Cloud lors du festival Rock en Seine.
Il est 17h00 ce dimanche lorsque nous prenons place dans la longue file qui garnit déjà les allées du parc de Bercy, à 2 pas de la Cinémathèque française. Si l’obscurité commence à tomber, on ressent aisément un mélange d’impatience et de joie parmi les fans attendant patiemment l’ouverture des portes de la fosse de l’Accor Arena. Ça plaisante, ça rigole et ça parle plusieurs langues. Car manifestement, cet ultime show européen du Wild God Tour a fédéré le public habitué aux joutes caviennes bien au-delà de la simple capitale.
Il faut dire que si Nick Cave est aujourd’hui autant adulé, c’est qu’il a su traverser les années et les modes avec succès grâce à une discographie parfaite sans la moindre fausse note (ou presque), des concerts fiévreux aux quatre coins du globe et une créativité alimentée par les nombreuses épreuves que le destin a mises sur le chemin du crooner australien (2 enfants disparus en 7 ans entre autres). Pour ce 1er concert à l’Accor Arena de la carrière du groupe, la salle affiche évidemment complet ce dimanche soir. Il y a les habitués et fans de la première heure bien sûr, mais aussi la jeune génération et de nombreux étrangers également, anglais, allemand, flamands…
On occultera assez facilement la prestation très décevante des londoniens de Black Country, New Road, à qui échoit la lourde tâche d’ouvrir la soirée. Alors que nous avions réellement apprécié les 2 premiers disques du sextet britannique, “For The First Time” en 2021 et “Ants From Up There” en 2022, leur prestation fut d’une insipidité que nous n’avions guère vu venir. Sans doute le départ du chanteur et incarnation du groupe à l’origine, Isaac Wood, a-t-il plombé le groupe mais force est de constater que leur ouverture ce dimanche sera largement oubliable.
Après cette morne introduction, c’est à 20h45 que la lumière s’éteint enfin et que Nick Cave, ses 6 musiciens - parmi lesquels son complice et ami de toujours, le talentueux et déjanté Warren Ellis, mais aussi Colin Greenwood de Radiohead - et ses 4 choristes, vêtus d’une toge gospel pailletée, apparaissent sur scène. Looké tel un dandy britannique (son pays d’adoption), Nick Cave est vêtu d’un costume sombre, d’une veste cintrée, d’une chemise avec cravate et de chaussures en cuir impeccablement cirées.
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| Credits Photo : © Le Parisien |
Dès les premières notes de “Frogs”, Nick Cave fait parler son charisme sauvage et part au contact du public des premiers rangs. Les mains des spectateurs sont tendues vers l’artiste, qui n’hésite pas à les toucher et à en serrer plusieurs chaleureusement. Le show vient à peine de débuter et certains fans sont déjà en admiration devant la tornade Nick Cave. On enchaîne ensuite par 2 autres titres du dernier album, “Wild God” et “Songs of The Lake”, qui sera d’ailleurs quasiment joué en intégralité durant cette soirée, exception faite de “As The Waters Cover The Sea”.
Mais la soirée se transforme peu à peu en une messe rock explosive, lorsque Nick Cave et ses acolytes entament l’entêtant “O Children”, avec un Warren Ellis possédé, jouant du violon debout sur une chaise, puis sur une version inédite, plus dure et plus brute, du cultissime “Jubilee Street”. Après quelques notes jouées au piano, Nick Cave fait progressivement monter la température avant d’exploser de rage. Il bondit et hurle dans son micro, jetant celui-ci en l’air et parcourant la scène à la rencontre d’un public en furie. Les longues psalmodies de l’excellent “From Her to Eternity” sont ponctuées d’une communion sans faille entre le public parisien et le crooner australien, celui-ci s’agenouillant, comme pour conférer davantage d’intensité à ce moment spirituel unique.
Comme à son habitude, le public offre à Nick Cave de nombreux cadeaux, du bouquet de fleurs à une poupée d’un goût douteux. « Je ne sais pas ce que c’est. C’est moi ça ? » demandera l’Australien d’un ton amusé. Mais Nick Cave sait également passer de la fureur à la mélancolie en quelques secondes, passant des douces notes de l’émouvant “Long Dark Night” au sublime “Cinnamon Horses” et à la sauvage “Tupelo”. On notera également la sublime interprétation du poignant “Bright Horses”, issu de l’album de 2019 “Ghosteen”, où la voix de Nick Cave, mêlée à celles des choristes et de Warren Ellis, toujours aussi agité sur sa chaise, touche en plein coeur. On mentionnera également la magnifique “I Need You”, dédiée à sa femme Susie et jouée en solo par Nick Cave au piano. On le sent terriblement ému au moment d’interpréter ce morceau.
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
Le son puissant et sauvage du rock revient ensuite avec la cultissime “Red Right Hand”, connue de la jeune génération pour avoir servi de B.O. à la série Netflix “Peaky Blinders”, puis la non moins fameuse “The Mercy Seat”. La chemise détrempée, Nick Cave profitera de cet instant pour ôter sa cravate, tant la température est étouffante dans une salle subjuguée par le charisme et la complicité de Nick Cave et de son complice Warren Ellis, multi-instrumentiste à la désinvolture et à l’humour assumés lorsqu’il souligne « je paie mes impôts en France », celui-ci ayant élu domicile chez nous il y a de nombreuses années.
Avant de quitter la scène, Nick Cave & The Bad Seeds choisissent d’interpréter le morceau “White Elephant”, extrait de l’avant-dernier album “Carnage”. Pour l’occasion, les choristes sont invités à descendre de leur estrade, à rejoindre le devant de la scène, et à interpréter ce morceau aux côtés de Nick Cave, fier d’être si bien accompagné durant cette tournée. Chaleureusement applaudis, les musiciens quittent la scène. Mais reviennent rapidement sous les hourras de la foule, pour un rappel de 4 titres.
Enchaînant l’entêtant “O Wow O Wow (How Wonderful She Is)”, dédié à l’ancienne membre des Bad Seeds Anita Lane, décédée il y a 3 ans, dont on redécouvre la voix dans un enregistrement sonore aussi beau que bouleversant, avec le dynamique “Papa Won't Leave You, Henry”, et l’incontournable “The Weeping Song” durant laquelle le chef d’orchestre Nick Cave donnera la mesure à un public chantant et applaudissant frénétiquement en rythme. Après tant d’énergie déployée et de sueurs partagées, Nick Cave achève cette soirée flamboyante et mémorable par une version sublime en solo et au piano du classique “Into My Arms”. Le public, envoûté mais aussi profondément ému (nous avons même lâché une larme d’émotion et de bonheur), reprend en chœur le refrain. Nick Cave semble terriblement bouleversé, retient ses larmes et profite de tout l’amour dispensé par le public parisien ce dimanche soir.
A l’issue de la soirée, on repense forcément à cette voix de baryton, reconnaissable entre mille, ses thèmes lyriques récurrents et cette énergie scénique communicative, incroyablement généreuse et fascinante, surtout si l’on pense que Nick Cave a largement dépassé l’âge légal de la retraite chez nous. Toutefois, très égoïstement, nous espérons avoir de nouveau l’opportunité de revivre encore cette expérience envoûtante que constitue un concert de celui-ci qui trône probablement au sommet du rock mondial. Une messe rock sauvage et bouleversante que celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de vivre en direct pourront retrouver le samedi 23 novembre sur France Inter. Même s’il s’agira d’une maigre compensation, tant une performance de bêtes de scène tels que Nick Cave & The Bad Seeds est une expérience unique, terrassante, inoubliable, d’une puissance sidérante et d’une intensité rare. En un mot, une expérience qu’il faut vivre au moins une fois dans une vie !
Date : Dimanche 17 Novembre 2024
Lieu : Accor Arena, Paris (75)
Durée : 2h40- MAIN SET -
Frogs
Wild God
Song of The Lake
O Children
Jubilee Street
From Her to Eternity
Long Dark Night
Cinnamon Horses
Tupelo
Conversion
Bright Horses
Joy
I Need You
Carnage
Final Rescue Attempt
Red Right Hand
The Mercy Seat
White Elephant
- ENCORE -
O Wow O Wow (How Wonderful She Is)
Papa Won’t Leave You, Henry
The Weeping Song
Into My Arms
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| Credits Photo : © Jean Ox |
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
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| Credits Photo : © Rock Alternative Show |
Manu, pour le R.A.S.










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