Live Report : Joe Satriani @ La Cartonnerie de Reims / 19.05.2023

A voir la file interminable qui s’est constituée devant la Cartonnerie ce vendredi soir, on comprend immédiatement qu’un événement hors normes se prépare... Et c’est peu de le dire quand on sait que le grand, l’immense, Joe Satriani est attendu ce soir du côté de la Cité des Sacres. A événement exceptionnel, affluence des grands soirs… En effet, de mémoire de fidèles des concerts rémois, jamais une telle file d’attente n’avait été constatée auparavant, hormis pour la venue des rappeurs marseillais d’IAM.

Virtuose né il y a 66 ans dans l’Etat de New York, Satriani a embrassé la six-cordes à l’âge de 9 ans sur une Fender Stratocaster et a toujours souhaité prendre la relève de Jimi Hendrix, dont le décès a profondément marqué celui qui, après plus de 35 ans de carrière, s’attèle chaque jour à exceller dans son domaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce « Earth Tour 2023 » le dévoile au sommet de son art, accompagné par un trio de musiciens fabuleux composé du batteur Kenny Aronoff, ayant officié précédemment auprès des 2 John (Fogerty & Mellencamp), du bassiste de Steve Vai & des Aristocrats Bryan Beller et du guitariste/claviériste Rai Thistlethwayte.

Alors que nous avions l’habitude de nous échauffer avec un groupe en devenir en première partie, il n’en sera rien ce soir puisque le quatuor débarque sur la scène dès 20h30. Après tout, on n’est jamais mieux servi que par soi-même… La première partie du set débute comme toujours sur des compositions assez récentes telles que “Nighteen Eighty”, “Sahara” ou encore “The Elephants of Mars”, toutes 3 sorties il y a moins de 5 ans. Pour moi qui ne suis qu’un observateur peu aguerri aux joutes satriani-ennes, la réalité me rattrape très rapidement : malgré un âge que d’aucuns qualifieraient « d’avancé », Joe Satriani est comme le grand vin… il se bonifie avec le temps. Entre la musique irréprochable qui sort des enceintes Marshall XXL et les images projetées sur l’écran géant en fond de scène, tous nos sens sont en éveil.

Le public rémois, connu pour son extrême réserve, est semble-t-il très réceptif et ne manque pas de faire savoir son contentement à un Joe Satriani qui le remercie « d’avoir gentiment patienté 3 ans avant de le recevoir chez lui » (NDLR : ce concert étant prévu initialement durant la pandémie de COVID-19). Ce qui nous frappe en regardant dans les yeux des personnes autour de nous, et pas seulement dans ceux de notre talentueux photographe David, c’est l’immense admiration vouée à l’un des plus grands guitar heroes contemporains.

Les musiciens nous ramènent ensuite plus de 30 ans en arrière avec la très psychédélique “Ice 9”, toujours impeccablement exécutée par une section rythmique qui se concentre sur l’estrade dédiée à la batterie XXL de Kenny, dont les plus fortunés pourront s’offrir la peau de grosse caisse dédicacée au merch à l’issue du concert. Durant ce 1er set, chaque musicien sera mis en lumière successivement, à commencer par Bryan, dont la barbichette rose fluo ne passe pas inaperçue et qui nous fera admirer la parfaite maîtrise de son slap à la basse. Puis ce sera au tour de Rai de démontrer son talent au clavier sur “Thunder High on the Mountain”. L’alternance de rythmes rock - voire hard rock - sur des titres comme “One Big Rush” et de morceaux bien plus groovy tels que “Blue Foot Groovy” finit d’emporter l’adhésion du public et envoûte littéralement la salle.

Satch passe ensuite la vitesse supérieure sur “Flying in a Blue Dream” où ses soli apocalyptiques font écho aux images évoquant la conquête spatiale sur l’écran géant. Après que la section rythmique ait brillamment conduit “Spirits, Ghosts And Outlaw”, le public respire quelques instants sur le 1er slow de la soirée, “Faceless”. Puis les chevauchées hard de “Crystal Planet” & “Summer Song” achèvent ce 1er set, annonciatrices du déluge qui s'abattra sur le public après un bref interlude de 15mn, durant lequel presque personne ne prendra le risque d’aller se désaltérer, de crainte de perdre sa position préférentielle pour admirer le spectacle.

Ce 2nd set reprendra avec un drum solo du plus bel effet pour l’exubérant Kenny Aronoff, qui semble s’éclater comme un gosse à martyriser ses fûts et ses cuivres. Le hard rock 80’s aux riffs acérés de “Energy” marquera ensuite le retour triomphal de Satch sur scène, avant un retour bluesy dans les années 1970 avec « E. 104th St NYC 1973 » - titre évoquant l’adresse où le père de Joe a grandi - durant lequel Satch fait pleurer ou crier sa six-cordes. On pourrait presque croire qu’elle est vivante…

C’est maintenant au tour de Rai de faire chanter son synthé rouge et de nous offrir un beau solo, avant que le psychédélisme ne régale à nouveau le public sur des titres comme “Cool” ou “Ali Farka, Dick Dale, an Alien And Me” bien aidés par des lights et des visuels aux couleurs chatoyantes. Vient ensuite l’un des plus beaux moments de la soirée, l’interprétation de la sublime et langoureuse “Always With Me, Always With You”, l’une de mes préférées, avant que Joe ne déclenche les décibels sur le célèbre “Satch Boogie”, dont certaines notes évoquent Deep Purple, groupe au sein duquel Satriani a officié brièvement entre 1993 & 1994 en remplacement de Ritchie Blackmore.

Faisant suite aux demandes insistantes d’un public très en forme ce vendredi soir, le quatuor revient sur scène pour un ultime rappel durant lequel Joe Satriani parvient à faire chanter le public juste par le son de sa guitare. “Surfing With The Alien” viendra ensuite conclure la soirée en apothéose, tant elle ne prend pas une ride et reste - 35 ans après - l’un des meilleurs morceaux de rock instrumental de l’Histoire, si ce n’est le meilleur.

A l’issue de cette soirée incroyable où les médiators seront généreusement distribués, il est remarquable de constater que malgré sa prolificité unique, le divin chauve parvient toujours à se renouveler et à faire tomber les barrières des plus réticents. Bien sûr, certains esprits chagrins ne manqueront pas de relever le manque de surprise au sein d’une setlist identique à celle des dernières performances du maître, ou encore le prix excessif de certains articles au merch. Mais ce vendredi soir, l’essentiel était ailleurs…

En effet, si nous parvenons toujours pas à comprendre par quel miracle le staff de la Carto a réussi à convaincre l’un des plus grands guitar heroes contemporains de faire escale à Reims, nous ne pouvons que reconnaître que cette soirée exceptionnelle vient concrétiser l’incroyable travail de l’équipe de la salle rémoise depuis plusieurs années. Si Joe Satriani est surnommé « le Professeur » - pour avoir enseigné la six-cordes à des institutions comme Steve Vai, Larry Lalonde de Primus ou Kirk Hammett, qui, hasard du calendrier, se produisait le même soir à quelques dizaines de kilomètres (au Stade de France) avec Metallica - il n’est pour autant pas question d’arrêter.

La retraite à 64 ans ? Très peu pour lui ! Car Joe Satriani a beau avoir déjà dépassé le nouvel âge légal français de plus de 2 ans (bientôt 3), il est toujours aussi efficace et a prouvé une nouvelle fois hier soir qu’il est plus que jamais le maître incontesté du (hard) rock instrumental !


JOE SATRIANI - « EARTH TOUR 2023 » - LIVE IN REIMS

Date : Vendredi 19 Mai 2023

Lieu : La Cartonnerie de Reims (51)

Durée : 2h45

- SET N°1 -

Nineteen Eighty

Sahara

The Elephants of Mars

Ice 9

Thunder High on the Mountain

One Big Rush

Blue Foot Groovy

Flying in a Blue Dream

Spritis, Ghosts and Outlaws

Faceless

Crystal Planet

Summer Song


- SET N°2 -

Energy

E. 104th St NYC 1973

Cool

Ali Farka, Dick Dale, an Alien and Me

Shapeshifting

Teardrops

Luminous Flesh Giants

If I Could Fly

Always With Me, Always With You

Satch Boogie


- ENCORE -

Crowd Chant

Surfing With the Alien

Nous tenons à remercier chaleureusement la Cartonnerie - particulièrement son Responsable Communication Damien MAHOUDEAUX - ainsi que le Management de Joe Satriani pour leur confiance et leur soutien indéfectibles.




Photos : Zelfir, Temps Suspendu pour Le Rock Alternative Show & Stone Rock Radio
Vidéos : Zelfir, Temps Suspendu & Manu RAS pour Le Rock Alternative Show & Stone Rock Radio


Manu du RAS

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